La Fondation Copernic ne vit que par ses adhésions. C’est plus qu’un principe, c’est une garantie : la garantie de l’indépendance, la garantie de l’impertinence.

Tu critiques ? Gare au procès !

Appel au soutien d’Alain Garrigou, professeur de science politique

Insidieusement, dans la guerre des idées, un nouveau procédé devient « monnaie courante ». Il consiste à entamer des procédures judiciaires - quelles que soient leurs chances de succès - contre les intellectuels ou les journalistes qui dérangent. Alors, direction le tribunal ! Avec ceux qui les publient.

Ensuite, il est toujours temps de se dédire. Comme l’a fait Natixis à l’égard de Mediapart, « coupable » d’avoir diffusé un article accusant la banque d’avoir rémunéré François Pérol, secrétaire-adjoint de l’Elysée (avant de prendre la direction de Caisse d’Epargne-Banque Populaire), pour son action dans la société Rothschild et associés. Les plaintes furent retirées. Qu’importe, Mediapart avait dû payer les frais de défense.

La plainte pour diffamation publique, déposée par M. Patrick Buisson contre Alain Garrigou, a la même fonction : intimider. Engager ceux qui voudraient « l’ouvrir », à se censurer, les inviter vivement à « tourner sept fois la langue dans sa bouche ». Surtout s’il s’agit d’analyser comment l’Elysée procède.

En tapant au portefeuille. M. Buisson réclame, pour son honneur « bafoué », 100 000 euros de dommages et intérêts, une provision de 15 000 euros pour chacun des quatre médias censé publier le jugement et, bien sûr, la condamnation aux dépens. Rien de moins ! Les frais de M. Patrick Buisson seront payés par le contribuable puisqu’il perçoit 11 900 euros par mois, comme conseiller du Président. En 2008, sa société Publifact a reçu 1,6 millions d’euros, de l’Elysée toujours.

Quel est l’objet de cette plainte ? Une opinion intolérable, invraisemblable, vraiment ! A la suite du rapport de la Cour des comptes publié le 16 juillet 2009 et considérant les listings des sondages de l’Elysée publiés le 6 novembre, Alain Garrigou, professeur de science politique à l’Université Paris-Ouest, spécialiste des sondages, avait eu l’audace de déclarer : « L’Elysée défend le choix d’OpinionWay par Patrick Buisson [directeur de Publifact et conseiller du Président, ndlr] pour la rapidité des études Internet. Or, ils oublient de préciser que les sondages en ligne sont surtout réputés pour être moins chers ! Pourquoi l’Elysée paie beaucoup plus cher en passant par lui au lieu de les acheter à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy. ».

Cette explication, à coup sûr, mérite procès. Comparution immédiate, presque. Rien, certainement, n’est plus grave.

La plainte de P. Buisson vise évidemment à faire un exemple. Récemment, des chercheurs ont été la cible de ce type d’attaques : Olivier Filleule, Vincent Geisser, Isabelle Sommier. Cette fois, l’attaque vient de plus « haut ». Demain, à qui le tour ? Qui doit décider des territoires autorisés aux scientifiques, aux écrivains, aux journalistes ? Qui doit décider des appréciations qu’ils tirent de leurs enquêtes ? Les tribunaux ? Sartre aurait été condamné cent fois, Foucault, cent fois, Bourdieu tout autant.

« Tu enquêtes, tu critiques ? Gare au procès ! ». Collectivement, nous le refusons. Collectivement, nous reprenons à notre compte - au mot près - les propos d’Alain Garrigou.

Appel des 100 :

Alain Accardo (sociologue, université Bordeaux III)

Jean-Christophe Angaut (philosophe, Ecole Normale Supérieure)

Mathieu Bara (sociologue, université Bordeaux IV)

Christophe Baticle (sociologue, université de Picardie Jules Verne)

Francine Bavay (vice présidente du Conseil Régional d’Ile de France)

Eric Beynel (porte-parole national de l’union syndicale Solidaires)

Laurent Bonelli (politiste, université Paris Ouest – Nanterre)

Jacques Bidet (professeur de philosophie, université Paris Ouest Nanterre)

Noelle Burgi (chercheure en science politique, CNRS)

Leila Chaibi (co-présidente de la Fondation Copernic)

Véronique Champeil-Desplats (professeur de droit public, université Paris Ouest-Nanterre)

Stéphane Chantegros (sociologue, CRESPA Limoges)

Robert Charvin (agrégé des facultés de droit, professeur émérite à l’université de Nice-Sophia Antipolis, doyen honoraire)

Antonin Cohen (politiste, université de Picardie Jules Verne)

Annie Collovald (professeure de sociologie, université de Nantes)

Philippe Corcuff (politiste, IEP de Lyon, conseil scientifique d’ATTAC)

Jacques Defrance (professeur de sociologie, université Paris Ouest Nanterre)

Christine Delphy (sociologue, CNRS)

Jean-Luc Deshayes (sociologue, université de Nancy)

Paul Dirkx (sociologue, université Nancy II)

Keith Dixon (professeur de Civilisation britannique à l’université Lumière Lyon II)

Vincent Dubois (professeur de sociologie et science politique, Institut d’études politiques de Strasbourg et Institut Universitaire de France)

Stéphane Dufoix (sociologue, membre de l’Institut Universitaire de France)

Cedric Durand (économiste, université Paris XIII)

Jean-Michel Faure (professeur émérite de sociologie, université de Nantes)

Hervé Fayat (professeur de sciences économiques et sociales, Fondation Copernic)

Jean Ferrette (professeur de sciences économiques et sociales)

Gérard Filoche (inspecteur du travail, CN du Parti Socialiste)

Julien Fretel (professeur de Science Politique, président de l’AECSP, université Picardie Jules Verne, Sciences Po Lille)

Bernard Friot (professeur de sociologie, université Paris Ouest Nanterre)

Cégolène Frisque (sociologue, université de Nantes)

Sandrine Garcia (sociologue, université Paris IX – Dauphine)

Delphine Gardey (professeure de sociologie, université Versailles St Quentin en Yvelines)

Bertrand Geay (professeur de sociologie, université de Picardie – Jules Verne)

Dominique Glasman (professeur de sociologie, université de Savoie)

Stéphane Guillemarre (professeur de philosophie, co-secrétaire de la Fondation Copernic)

Françoise Guillou (diététicienne)

Jean-Marie Harribey (économiste, université Bordeaux IV)

Mathieu Hély (sociologue, université Paris Ouest Nanterre)

Michel Husson (économiste, conseil scientifique d’ATTAC)

Bruno Jetin (économiste, université Paris Nord)

Samuel Johsua (professeur émérite en sciences de l’éducation, université de Haute-Provence)

Nicolas Jounin (sociologue, Université Paris VIII)

Daniele Kergoat (sociologue, CNRS)

Michel Koebel (sociologue, université de Strasbourg)

Bernard Lacroix (professeur de science politique, membre de l’Institut Universitaire de France)

Stéphane Lavignotte (pasteur, théologien)

Rémi Lefebvre (professeur de science politique, université Lille II)

Frédéric Lebaron (professeur de sociologie, membre de l’Institut Universitaire de France)

Francis Lebon (sociologue, université Paris XII)

Brigitte Le Grignou (professeure de science politique, université Paris Dauphine)

Patrick Lehingue (professeur de science politique, université de Picardie-Jules Verne)

Jacques Le Bohec (professeur de sciences de la communication, université Lyon II)

Stéphane Le Lay (sociologue, revue Mouvements)

Claire Le Strat (politiste, université Paris ouest-Nanterre)

Catherine Lévy (sociologue)

Daniele Linhart (sociologue, directrice de recherche au CNRS)

Frédéric Lordon (sociologue, CNRS)

Jean Malifaud (mathématicien, Paris VII, secrétaire national du Snesup – FSU)

Antoine Math (économiste, Ires)

Lilian Mathieu (sociologue, CNRS)

Olivier Masclet (sociologue, université Paris V)

Gérard Mauger (sociologue, CSE-CNRS)

Dominique Merllié (sociologue, EHESS)

Olivier Michel (professeur d’informatique, université Paris XII)

Corinne Nativel (géographe, université de Besançon)

Frédéric Neyrat (sociologue, université de Limoges)

Gérard Noiriel (historien, directeur d’études à l’EHESS)

Fabienne Pavis (sociologue, université de Nantes)

Willy Pelletier (sociologue, coordinateur général de la Fondation Copernic)

Claude Pennetier (historien, CNRS-CHS, Paris I)

Jean-Marie Pernot (chercheur en sciences politiques, Ires)

Roland Pfefferkorn (professeur de sociologie, université de Strasbourg)

Louis Pinto (sociologue, CSE-CNRS)

Bernard Pudal (professeur de science politique, université Paris Ouest-Nanterre)

Gilbert Quelennec (musicien)

Emmanuel Renault (philosophe, Ecole Normale Supérieure)

Emmanuelle Reungoat, (doctorante en Science politique, Université Paris 1, CESSP)

Philippe Riutort (professeur de sciences sociales, lycée Henri IV)

Violaine Roussel (professeur de sociologie, université Paris VIII)

Francicisco Javier Sanchez Herrera (professeur de science politique, université des Canaries)

Thomas Sauvadet (sociologue, CERMES)

Nicolas Sembel (sociologue, université Bordeaux II)

Arnault Skornicki (politiste, université Paris Ouest Nanterre)

Patrick Simon (sociodémographe, Ined)

Luce Sommier (puéricultrice)

Charles Soulié (sociologue, université Paris VIII)

Annie Thébaud-Mony (sociologue, Inserm)

Sylvie Tissot (sociologue, université de Strasbourg)

Jacques Tolédano (président d’ETICITE)

Josette Trat (sociologue, université Paris VIII)

Bernard Valentini (sociologue, université Paris Ouest Nanterre, membre de la commission permanente du CNESER)

Jérôme Valluy (politiste, université Paris I)

Christophe Voillot (politiste, université Paris Ouest-Nanterre)

Louis Weber (ancien président de l’Institut de Recherche de la FSU, rédaction de Savoir/Agir)

Loïc Wacquant (professeur de sociologie, université de Californie – Berkeley)

Tanguy Wuillème (enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication, université Nancy II)

Jean-Pierre Zirotti (professeur de sociologie, université de Nice-Sophia Antipolis)


Organisation du travail, violences morales. Mise en danger d’autrui et résistances.

Les transformations de l’organisation du travail n’ont souvent, aujourd’hui, plus d’autre objectif que celui d’assujettir des millions de salariés à la rentabilité financière, rendant légitimes toutes les destructions en matière d’emploi, de droit du (au) travail et de droit à la santé dans le travail. Les suicides liés au travail en sont le plus récent symptôme. Face à ces destructions, comment résister et agir ?

A l’occasion de la sortie du dossier « Stress et risque psychosociaux au travail » (la Documentation Française, PPS n°965) coordonné par Annie Thébaud-Mony et Nathalie Robatel, la Fondation Henri Pézerat Santé-travail-environnement et la Fondation Copernic ont organisé un débat public.

Avec la participation de Danièle Linhart (sociologue), Alain Gueguen et Philippe Billard (syndicalistes), Willy Pelletier (fondation Copernic), Annie Thébaud-Mony et Nathalie Robatel (Fondation Henri Pézerat).


Daniel Bensaïd est toujours présent !

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Pour évoquer Daniel - qui signa l’appel à la création de la Fondation Copernic et restait membre de son Conseil d’orientation - le mieux est de l’écouter. Qui l’écoutait ne se lassait jamais. L’écouter, entre autres, quand il écrit :

« Je ne partage pas la nostalgie du grand homme qui hante les biographies (…). On ne va pas se plaindre de l’effacement de l’homme providentiel et de la crise des « sauveurs suprêmes ». A condition qu’il en sorte un nouvel âge démocratique, où « les masses », comme on disait jadis, fassent davantage leur propre histoire et où le « sauvons-nous nous-mêmes » de la chanson devienne réalité. (…) Quant à l’admiration, je la garde pour les rebelles anonymes et pour les héros ordinaires de la résistance à l’irrésistible (…) c’est la loyauté envers ces inconnus qui fait la grandeur de la politique ».

Daniel Bensaïd, Eloge de la résistance à l’air du temps, Textuel, 1999, p.125-126.

De Daniel, nous parlerons plus tard, son œuvre théorique est cardinale, son engagement a fait l’histoire de la gauche de gauche. Un hommage public lui sera rendu le 23 janvier. Aujourd’hui les mots ne sont pas capables de dire notre peine. Pas capables de dire son dévouement, une vie entière, au service du mouvement social. Qui l’a approché le sait, qui le lit le sait, Bensaïd ne disparaît pas. Nous savons que beaucoup ont fait la même expérience : parfois, on doute de ses engagements, on n’a plus envie. Penser à Bensaïd, y penser seulement, chaque fois, a donné l’envie de s’engager encore, de s’engager davantage, de résister. C’était peut-être son rire, sa joie, sa rigueur, il donnait envie. Personne, paraît-il, n’est irremplaçable. Malheureusement, si !


Voir aussi : Dieu que ces guerres sont saintes ! et aussi le long entretien à la revue Mouvements (mars 2006) où Daniel Bensaïd revient sur son parcours, à l’occasion de la publication de son autobiographie, "Une lente impatience".


Grève de la faim pour des papiers - St Denis (93) - 29/11/09

La presse est devenue commerce, dispositif publicitaire, marchandise parmi d’autres. Exit les journalistes qui dénotent, dérangent, résistent, persistent et ne plient pas. Remplacés, déplacés, normalisés. Nous voulons un autre espace, où ceux que la presse fait taire reprennent droit de dire ; pouvoir de se représenter, de représenter ce qu’ils vivent, d’exprimer ce qu’ils savent, au lieu d’être défaits, toujours, du sens qu’ils donnent à ce qu’ils font. Redonner, sans hiérarchie et à chacun, la faculté de dire sans être mis en spectacle par les professionnels du dernier mot. Bref, diffuser ce que savent déjà ceux dont les mots restent interdits. Nous nous permettrons tout. Sans distinction, vitupérer, argumenter, admirer ou honnir. Futiles ou trop savants, de mauvaise foi et de mauvais goût, rigoureux, débridés, pourquoi pas ? Mais à bas bruit ou avec éclat, autoriser les chiffres et les mots qui font mal, les rencontres mélangées, les tête-à-tête improbables. Et la mémoire des luttes anciennes ou actuelles, pour encourager celles qui viennent. Nous serons infidèles. Infidèles, entre autres, à tous les partis. Sauf au parti d’en rire. Infidèles à nous-mêmes, nous l’espérons, car ce serait encore trop contrôler l’espace. Nous n’avons qu’un parti-pris : déplaire à ceux qui plaisent. Ce site ne sera pas exercice de salon, ou bien salon des refusés. Avec pour seule règle, la parole directe - de n’importe qui, pour dire n’importe quoi. Et que les refusés prennent leurs aises. Il n’y a rien d’original. Ce projet date. Sartre et Foucault l’appelaient « Agence de Presse Libération ». Le 18 juin 1971.

(Lire la suite : Projet dixit)


Assemblée Générale annuelle de la Fondation Copernic.

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Rapport d’activité 2009

L’AG s’est tenue le 09/01/10. Lire ci-contre le rapport d’activité approuvé par l’AG.


« Ensemble contre la taxation des accidentés du travail » – Meeting unitaire (1/12/09)

Interventions de : N. Arthaud, O. Besancenot , E. Beynel, M. Billard , R. Castel , A. De Broca, G. Filoche, B. Hamon, P. Laurent, D. Linhart, A. Lipietz, J.-L. Mélenchon, W. Pelletier, A. Thébaud-Mony

Cliquez sur l’image pour lancer la vidéo.

  • Ouverture du meeting par Jacques Boutault (maire du second arrondissement de Paris).
  • Les débats ont été animés par Edwy Plenel (président et directeur de la publication de Mediapart).

Non à la la taxation des accidenté-e-s du travail

Meeting unitaire contre la taxation des indemnités pour les accidentés du travail
.
Pour voir les vidéos intervenant-e par intervenant-e, cliquez ici : première partie, seconde partie.


Tribune unitaire (parue dans l’Humanité, 02/11/09) :

Sauvons les riches, 
taxons les accidentés  du travail !

PAR NATHALIE ARTHAUD (PORTE-PAROLE DE LUTTE OUVRIÈRE), OLIVIER BESANCENOT (PORTE-PAROLE DU NPA), MARTINE BILLARD (DÉPUTÉE ÉCOLOGISTE), GÉRARD FILOCHE (INSPECTEUR DU TRAVAIL, PS), BENOÎT HAMON (PORTE-PAROLE NATIONAL DU PS), PIERRE LAURENT (COORDINATEUR NATIONAL DU PCF), NOËL MAMÈRE (DÉPUTÉ LES VERTS), WILLY PELLETIER (COORDINATEUR GÉNÉRAL DE LA FONDATION COPERNIC)

Dans quel aveuglement, étions-nous. Et dans quelle erreur  ! Naïvement nous pensions que les accidentés du travail étaient des victimes. Les victimes d’une guerre économique innommée, qui prend l’intérieur des entreprises pour théâtre des opérations. Des victimes de masse d’ailleurs  : 720 150 accidents avec arrêt par an, 46 436 accidents avec incapacité permanente, 37millions de journées d’indemnisation, 700 morts, 4 500 mutilés. Des victimes mal indemnisées, qui perçoivent 80 % puis 60 % seulement d’un salaire journalier assez faible, lié aux métiers d’exécution d’où proviennent la plupart des accidents du travail. Nous pensions les accidentés frappés par les franchises médicales, les déremboursements de soins. Nous savions irréparables, souvent, les conséquences sur leur carrière.

Nous avions tort. Les accidentés du travail sont des privilégiés. Les députés UMP le rappellent justement qui, par voie législative, proposent d’imposer leurs indemnités jusqu’alors épargnées. Cela rapportera 150 millions d’euros. Pour les accidentés, pourquoi accepter ce « passe-droit » fiscal, jusqu’alors toléré  ?

Pourquoi l’accepter, quand la France est déjà leader mondial des « niches fiscales ». En 2009, 464 dispositifs d’optimisation fiscale ont permis aux contribuables, généralement les plus aisés, d’économiser 70 milliards d’euros d’impôts  ! Alors, autant mettre à contribution les accidentés du travail. N’est-ce pas la réponse appropriée  ?

Ce « passe-droit », pourquoi leur était-il consenti  ? Après tout, des passe-droits, n’y en a-t-il pas assez  ? Avec le bouclier fiscal, les baisses de l’impôt sur la fortune, les allégements des droits de mutation et de succession, le prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes, le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt immobilier… Sur les 11 milliards d’euros par an de réduction d’impôt décidés par le gouvernement, 70 % profitent aux 20 % des foyers les plus aisés. Alors, oui, il était grand temps d’agir. Et urgent, vraiment, de récupérer 150 millions dans les poches des accidentés du travail.

Cet été, Christian a eu le bras broyé dans un chantier. Fiscalement, il est devenu privilégié. Était-ce plus longtemps tolérable  ? Éric s’est fait amputer de plusieurs doigts par sa machine. Fiscalement, il est devenu privilégié. N’est-ce pas dérogatoire à l’égalité  ? Michèle, épuisée par la mobilité forcée, les objectifs intenables, les harcèlements perpétuels du « new management », s’est enfoncée dans la dépression. Yohann a chuté d’un échafaudage, il est paralysé. Fiscalement, ce sont des privilégiés. 
Cela pouvait-il durer  ?

Certes, la Caisse nationale des accidents du travail et des maladies professionnelles est excédentaire du fait des sous-évaluations qui reportent les frais sur la Caisse d’assurance maladie. Ne pas toucher aux indemnités des accidentés du travail était possible. Aurait-ce été juste  ? Les accidentés du travail n’ont, après tout, perdu que la santé, perdu qu’un membre, perdu qu’une vie passée au travail, généralement pour rien, perdu qu’un avenir, perdu que leurs revenus, perdu parfois qu’ une vie familiale. Grâce aux députés UMP, l’administration fiscale saura, elle, ne pas les perdre de vue.

Vestige, la République porte toujours, à son fronton, ce mot devenu vide de sens  : « fraternité ». Mais si l’on veut fiscalement sauver les riches, il faut bien taxer les pauvres. Atomisés, ils ont le bon goût de se défendre rarement. Et des beaux quartiers, nul jamais ne les voit. Les pauvres ne doivent-ils pas manifester quelque solidarité envers les plus fortunés, de moins en moins imposés  ?

Les 150 millions d’euros ramassés là, sur les accidentés du travail, certainement serviront. Lors du récent rachat par BNP Paribas, avec six mois d’avance, des 5,1 milliards d’euros d’actions de préférence souscrites pendant la crise par l’État français, ce dernier n’a touché aucune plus-value. L’État a dû se contenter de 226 millions euros d’intérêts alors qu’il aurait pu, au regard de l’évolution du cours de BNP Paribas, encaisser 5,8 milliards d’euros. Tout est dit. Comparons les volumes 
financiers. Comparons les populations ciblées, les clientèles exonérées.

(Tribune parue dans l’Humanité, 02/11/09)


Nouvelle parution

Travailler tue en toute impunité...

JPEG - 8.2 ko Le constat est sans appel : le travail rend malade et tue. Le nombre de maladies professionnelles a explosé, passant de 13 658 en 1996 à 52 979 en 2005.

La course au profit, de moins en moins entravée, sème la maladie et la mort. La mise en danger d’autrui par des choix de politique économique bénéficie d’une incroyable mansuétude. Les condamnations restent rares, et trop souvent symboliques. Trop souvent les procédures relatives aux accidents mortels du travail sont classées sans suite. Trop souvent les condamnations ne touchent que les employeurs en bout de chaîne de sous-traitance, tandis que les grands donneurs d’ordre, dont la responsabilité dans l’organisation du travail est pourtant essentielle, ne sont qu’exceptionnellement concernés.

La Fondation Copernic analyse dans ce livre le contexte d’une telle mansuétude. Elle propose des pistes pour faire de la question de la santé au travail une question politique au sens plein du terme.

Travailler tue aujourd’hui impunément : pour combien de temps encore ?

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Extrait (chapitre 1)

Pour lire un extrait de l’ouvrage (chapitre I de la première partie), consulter le doc en pdf ci-contre.

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Cet ouvrage est dédié à Henri Pézerat, compagnon et combattant de la première heure pour la santé au travail. Lire ci-contre le communiqué de la Fondation Henri Pézerat, signataire de l’appel de la Fondation Copernic.


Les auteur-e-s :

Louis-Marie Barnier, sociologue, syndicaliste, ancien secrétaire de CHS-CT

Laurent Garrouste, juriste, spécialiste en droit du travail

Caroline Mécary, avocate au barreau de Paris

Willy Pelletier, sociologue à l’université de Picardie

Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’Inserm, directrice de GISCOP 93

Table des matières

«  Travailler tue en toute impunité… pour combien de temps encore  ?  »

Première partie

Introduction. Pourquoi une campagne  ?

[1] La santé au travail, mise en perspective Une organisation du travail qui met le salarié sous pression Du côté des femmes, le déni Sans-papiers  : des accidents clandestins L’amiante, une lutte emblématique

[2] Lutter pour la santé au travail

[3] Obtenir justice Les difficultés du pénal Indemnisation versus condamnation  ? La mise en danger de la vie d’autrui Une dimension internationale Le rôle déterminant de la sous-traitance

[4] Propositions L’institution judiciaire  : pierre angulaire d’un changement de perspective Représentation du personnel et droit à la négociation collective En finir avec les conditions de travail nocives en garantissant le droit à l’emploi En finir avec la précarité Pour une loi sur la sous-traitance Pour un service public de médecine du travail Renforcer l’inspection du travail

Deuxième partie

Témoignages

Troisième partie

Contributions

Ressource


Acheter en ligne chez Syllepse


Campagne !

http://www.fondation-copernic.org/petition/index.php?petition=3

Chaque jour, depuis des dizaines d’années, des salariés meurent deux fois. Leurs familles souffrent deux fois. Ce sont des mots. C’était la vie de Jérôme Bianco. Qui meurt en lavant des vitres. Qui tombe d’une nacelle. Parce que L’Oréal fait des « économies » sur les rambardes de sécurité et utilise un sous-traitant. Lequel, à son tour, fait des économies sur la formation et les équipements de protection. Et puis, là, au Technocentre Renault-Guyancourt, c’est un salarié qui saute du 5ème étage devant ses collègues, victime d’impératifs de productivité intenables, et des harcèlements qui vont avec. Quelques mois après, pour relaxer ses collègues, dans le Hall du Technocentre, un piano convoqué par la direction, jouait de la musique d’ambiance ! Kafka new look version DRH « trop cool ». Pas un jour sans morts au travail (2 quotidiennement). Pas un jour sans cette seconde mort, cette souffrance supplémentaire, inouïe, inacceptable, qu’est ce silence de plomb qui accompagne les morts liées au travail. Et puis, arrivent les réparations judiciaires qui ne réparent rien : du sursis pour les entreprises, des amendes dérisoires pour une vie…bref le laissez-faire et le mépris ; les sous-traitants pour remparts aux donneurs d’ordre. Et encore. A condition que l’affaire aille aux tribunaux, et que les pressions d’entreprise ne découragent pas les familles. Silence, on tue. Circulez, rien à voir, nul n’est responsable, personne n’est coupable (à moins que ce ne soit le salarié décédé…). Cela suffit !

Travailler tue, en toute impunité. Mais le silence - qui rend ce scandale possible - est aussi notre faute : nous n’avons pas pu, nous n’avons pas su, nous n’avons pas encore (sauf pour l’amiante) créé le rapport de force qui rende ce silence impossible. Et c’est maintenant, précisément, ce que nous avons à faire : fabriquer la force du nombre qui bouscule le silence et oblige la loi à changer ou à être appliquée.

Lire la tribune parue dans Le Monde (26/09) : Impunément, travailler tue

Le dernier Copernic Flash : Suicides au travail : remettre à l’endroit ce qui du travail a été mis à l’envers


Sciences sociales

Sous l’empire des risques sanitaires : les métamorphoses de la santé publique. Par François Buton, Politiste, chargé de recherche au CNRS, CURAPP - Université de Picardie Jules Verne (UMR 6054)

Parmi les spécialistes de santé publique en France, le constat désolé d’un échec ou d’une « défaite », dont la litanie scandait le tournant des années 1990, a été remplacé ces dernières années, et singulièrement depuis la « grande » loi du 9 août 2004, par la proclamation exaltée et quasi consensuelle d’un « renouveau ». Le paysage sanitaire de la France est en pleine mutation, nous vivons une « révolution sanitaire », pour reprendre l’expression de Bernard Kouchner, actif ministre en charge de la santé dans les gouvernements de gauche avant de servir la politique étrangère du président Sarkozy.

Lire la suite : http://www.fondation-copernic.org/s...


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