De l’espace ! (avril 2007)

Jamais la presse ne fut si concentrée, si contrôlée. Elle s’écrit « au bureau », sans enquête, sans bouger. Prolifération d’articles vite faits, projection naïve des présupposés du journaliste dans les papiers, répétition des mêmes informations issues des mêmes informateurs (sources officielles, porte-parole autorisés, économistes de banque, sondeurs…). Et constamment le mépris qui s’étale, comme hier à propos du « Non » au TCE. Qui folklorise paroles et pratiques populaires. Qui réduit connaissances et savants à faire-valoir les opinions toutes faites. Partout, cette connivence envers les puissants qui filtre les analyses, la censure intériorisée qui fixe les préséances. La presse est devenue commerce, dispositif publicitaire, marchandise parmi d’autres. Exit les journalistes qui dénotent, dérangent, résistent, persistent et ne plient pas. Remplacés, déplacés, normalisés.

Nous voulons développer, avec cette nouvelle mouture du site, un lieu où ceux que la presse fait taire reprennent droit de dire, dans le prolongement de notre raison d’être et d’agir : produire des contre expertises, outiller en argumentaires celles et ceux qui ne se résignent pas à l’ordre néolibéral, à la révolution conservatrice.

Nous nous autoriserons tout. Les paroles écrasées de ceux qui luttent, l’économie politique, la sociologie, les débats, les retours vers l’histoire, l’architecture, les prospectives. Nous voulons sans distinction vitupérer, argumenter, admirer ou honnir et, surtout, autoriser l’expertise scientifique ailleurs improbable, les campagnes politiques impossibles, les projets de lois alternatifs, les chiffres et les mots qui font mal, les rencontres sans hiérarchie, la mémoire des luttes anciennes ou actuelles. En d’autres termes, diffuser ce que savent déjà ceux dont les mots restent interdits.