DROIT DE RÉPONSE refusé par Charlie hebdo (mai 2007)

L’édito de Philippe Val (16/5/07) nécessiterait bien des commentaires. Je me borne ici au passage qui me met en cause.

Dans la tribune de Libération sur laquelle P. Val se fonde, et dans les limites d’un tribune, j’indiquais qu’il me semble peu éclairant d’expliquer la victoire de Sarkozy par le fait que la France « est de droite », pas plus que d’autres épisodes électoraux ou sociaux récents seraient expliqués par l’affirmation qu’elle serait « de gauche ». Val peut ne pas partager cette approche. Y voir la preuve d’une infirmité intellectuelle ou politique et un engouement pour le mensonge traduit une curieuse conception du débat d’idées.

P. Val part d’une citation qu’il aurait été utile de ne pas sortir de son contexte. J’affirmais que, confrontés à la violence de la mondialisation libérale, les couches sociales et les individus sont traversés par des mouvements et des aspirations contradictoires. D’où une instabilité politique. La phrase citée illustre cette analyse. Elle ne traduit pas la politique que je préconise. Ce que P. Val laisse entendre pourtant : « puisque le peuple est con, donnons-lui ce qu’il veut ». Je ne vois pas ce que la connerie vient faire, mais ce commentaire peut être lu ainsi : Salesse propose qu’à défaut de protection sociale, on donne au peuple du sécuritaire. Cela ne correspond ni à ma pensée ni à mon action.

Val m’attribue ensuite la position suivante : « faisons croire (au peuple) qu’il est possible, en élevant des murs de protection autour de la Nation, de créer une petite France, paradis des travailleurs dans un monde ultra-libéral … » C’est mal connaître la réalité de prétendre que, comme « le fric », « la main-d’œuvre, les usines et leur production se déplacent à la vitesse du son ». Mais laissons ce débat pour l’instant et arrêtons-nous au « paradis national ». D’où cela sort-il ? Où ai-je défendu cela ? Mon originalité n’est pas d’être unitaire, mais d’avoir depuis longtemps travaillé à distinguer ce qui peut encore être fait au niveau national de ce qui ne peut plus l’être et d’avoir publié en 1997 un ouvrage de 400 pages sur la construction européenne, dont l’introduction précise : « Ce livre propose une orientation pour l’Europe. (Il s’agit de montrer) à la fois la nécessité de combattre l’orientation de l’actuelle construction européenne et de défendre activement une orientation alternative … parce qu’une politique un tant soit peu ambitieuse ne peut plus être formulée ni durablement appliquée qu’au plan européen ». Dans la tribune de Libé je reprenais cette conviction de la nécessaire dimension européenne et mondiale de l’action. Bref, c’est le contraire de ce que P. Val me fait dire.

Ajoutons que la Fondation Copernic, que j’ai co-présidée jusqu’à récemment, ne se borne pas à « la protection matérielle » et s’intéresse aux questions de société. A côté d’études sur les retraites, l’emploi ou l’assurance maladie, nous avons publié par exemple « Résister au sécuritaire », « Homosexualité, mariage et filiation », « Egalité sans frontière : les immigrés ne sont pas une marchandise ». Mais l’engagement sur les « réformes sociétales » ne saurait s’accompagner d’un abandon des droits à la retraite, de l’assurance maladie, du droit du travail et des services publics, d’un consentement au dépeçage en cours.

La tribune de Libération écrite par Yves Salesse : « La France n’est pas à droite »