Nouveaux temps, nouveau souffle (décembre 2007)

Une droite conquérante comme jamais. Une gauche toujours plus à droite. Copernic change pour mieux diffuser les analyses qui aident à résister.

Personne n’a encore pris la mesure du 22 avril 2007. Et rien n’indique que ce premier tour des présidentielles, dans ses causes et ce qu’il exprime, diffère beaucoup du 21 avril 2002. La même remise de soi à un leader néo-bonapartiste, de similaires revendications d’ordre, une défiance identique envers l’immigration posée en « problème »… Dans un espace du débat public plus à droite encore qu’en 2002, avec une candidate socialiste qui, à tue-tête, célèbre l’entreprise, le travail, la famille, la patrie. Et puis, plus grave, cette intériorisation, aujourd’hui plus répandue, de l’idéologie de la concurrence, qui s’exprime dans le vote, et qui pose le plus proche, le salarié voisin ou le voisin de palier, au travail, dans les quartiers, en rival dans cette lutte pour les places qui tend à remplacer la lutte des classes. Avouons-le, en la circonstance, les représentants politiques de la gauche de gauche, jouant leurs appareils contre la cause commune, n’ont pas été à la hauteur.

Les effets de cette présidentielle commencent, par contre, à être connus. Un changement dans les formes de l’activité politique : faite désormais pour les télés, au gré des sondages, dans l’entre-soi commode, au mépris affiché des citoyens (l’adoption exclusivement parlementaire d’une nouvelle constitution européenne, rejetée par référendum, en témoigne de façon inquiétante). Un culte inédit du fric et de ceux qui en ont : paquets fiscaux invraisemblables pour les plus riches, dépénalisation du droit des affaires, vacances de milliardaire pour le président, ouverture des universités aux entreprises… Qu’accompagne un nouveau tour de vis pour ceux qui ont moins, peu ou pas : franchises médicales, réforme des régimes de retraites, blocage des salaires, suppression de postes dans la fonction publique… Et puis, ce goût de l’ordre et du coup de menton qui s’étale : tests ADN, réforme présidentialiste du régime, renforcement discrétionnaire des prérogatives des présidents d’université, fusion ANPE-Unedic pour contrôler toujours plus les chômeurs…

Dans ces temps nouveaux, plutôt sombres, plutôt décourageants, à quoi peut servir Copernic ? A construire sans cesse, maintenant plus qu’avant, d’ailleurs, des passerelles entre les forces réduites, trop éclatées, de la gauche qui reste à gauche. Nous y participons, cette fois encore, dans la mobilisation contre le TCE. Nous y contribuerons, toute cette année, en menant campagne pour que l’eau, partout, redevienne service public. A quoi peut servir Copernic ? A ouvrir de nouveaux droits : en proposant, par exemple, d’autres règles de représentativité syndicale (ce sera l’objet de la prochaine Note), en militant pour le logiciel libre, en avançant des pistes, enfin démocratiques, pour réformer les institutions, ou bien pour contrôler la sous-traitance, ou bien encore pour transformer cette justice qui, systématiquement, criminalise les pauvres.

En 1998, en réponse à la Fondation Saint-Simon, nous voulions fonder une contre-expertise ; et, surtout, une autre façon de l’élaborer, dans la collaboration et le regard croisé entre chercheurs, hauts-fonctionnaires, syndicalistes, militants, usagers… Maintenant que la gauche de droite dérive à droite toute, claquemurée ou assise sur de faux dispositifs participatifs, montrer qu’une autre gauche est non seulement souhaitable, mais possible, est plus que jamais nécessaire. Et urgent. Les Gracques, ce mélange d’entrepreneurs et de hauts-fonctionnaires qui travaillent à rapprocher MODEM et PS, ont su, ces derniers temps, capter l’attention médiatique. Copernic doit devenir l’anti-matière des Gracques.

A nouveau temps, nouveau souffle. Un nouveau site, de nouvelles campagnes, une Fondation qui s’ouvre à des compétences neuves, des juristes, des entrepreneurs vraiment à gauche qui inventent d’autres formes d’entreprises (publiques ou coopératives), de nouveaux chercheurs, des économistes, des syndicalistes… La presse et l’édition sont de plus en plus contrôlées. Il faut, maintenant, de façon autonome et indépendante, diffuser davantage les ressources d’analyse qui arment et autorisent la critique sociale. Et s’en donner les moyens.

Copernic, ces prochaines années, va donc s’ouvrir davantage et servir davantage. Car la gauche ne peut pas rester à droite, et ceux qui résistent, éparpillés, impuissants, isolés. C’est à les rassembler qu’il faut travailler.