« Régression générale des politiques publiques » (mai 2008)

Par Yves Salesse, président d’honneur de la fondation Copernic

 

Lors du troisième conseil de modernisation des politiques publiques mercredi, Nicolas Sarkozy a dévoilé des mesures pour que l’Etat économise 7,7 milliards d’euros d’ici 2012. L’objectif est-il réaliste ?

Je ne commenterai pas cet objectif chiffré. Le problème concerne avant tout la méthode du gouvernement. On peut néanmoins comparer ce chiffre au cadeau fiscal de 15 milliards d’euros qui a été fait aux ménages les plus aisés… Le gouvernement a un seul objectif : réduire les dépenses du service public, mais a-t-il établi un inventaire sérieux des besoins ? Il me semble que non, car actuellement, on remarque une insuffisance des services plutôt qu’une pléthore ! Je pense notamment aux services de la petite enfance, des personnes dépendantes et âgées, du logement… Et d’après les chiffres officiels, les dépenses des services publics ont baissé entre 2000 et 2006, passant de 8% du PIB (Produit intérieur brut) à 7,3%. Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas modifier la Fonction publique, elle évolue comme le monde évolue, mais la méthode doit être différente. Le tout est d’évaluer les besoins, définir des missions pour savoir quel secteur on amoindrit ou on déploie. Mais l’objectif du gouvernement est tout autre…

Qu’entendez-vous par là ?

Avec cette RGPP (Révision générale des politiques publique), que j’appelle la “régression générale des politiques publiques“, le gouvernement a deux objectifs : réduire les dépenses de la Fonction publique et casser le statut des fonctionnaires. La réforme actuelle prépare la substitution progressive du contrat au statut. C’est la porte ouverte au clientélisme… alors que le statut est régi par des principes fondamentaux (qualité, indépendance vis-à-vis des pressions économiques et politiques, responsabilité…). Le gouvernement attaque systématiquement la Fonction publique depuis plusieurs années. Mais il ne faut pas oublier que certains secteurs clés (éducation, santé, transports…) ne peuvent être régis par des entreprises privées qui ont une logique de profit.

Ces réformes vont alors profondément modifier le quotidien des Français…

Oui, à l’exception des plus aisés. Prenons l’exemple de l’Education nationale où le gouvernement prévoit de supprimer des postes, alors qu’il y a un manque de moyen considérable. Une famille aisée pourra facilement placer ses enfants dans une école privée si elle n’est pas satisfaite du service public. Un ménage démuni ou un salaire moyen n’aura pas le choix ! Le service public est fait pour tout le monde mais il est surtout utilisé par les plus démunis. Le transformer va bouleverser le quotidien des Français.

Propos recueillis par Mélanie Coste