Solidarité à l’envers (octobre 2008)

Bonne nouvelle, la solidarité d’Etat est de retour. Mauvaise pioche, elle s’exerce pour sauver nos amis les banquiers. Et quelle mobilisation, rapide, massive, des milliards d’euros. Nous qui imaginions, à suivre François Fillion, l’Etat français en faillite, sans capacités financières pour la Sécurité sociale, les régimes de retraites, les postes d’enseignants, les hôpitaux publics, l’indemnisation des chômeurs…Nous qui pensions les Etats-Unis hors d’état de désendetter les pays les plus pauvres, étranglés par le FMI, et ruinés par la libéralisation du commerce mondial, impulsée par l’OMC – deux institutions internationales dirigées par des socialistes français…cherchez l’erreur (si elle existe).

Mais que d’inquiétudes à longueur d’antennes déversées pour les portefeuilles d’actions. Que de craintes d’éditorialistes effarouchés, chantres, il y a peu, des marchés libres, apôtres du privé, promoteurs du TCE. Et toutes ces indignations vertueuses des politiques qui, par ailleurs, privatisent et privatisent encore…l’assurance-maladie par tronçons, France-Telecom, GDF, Air France et à présent la Poste.

Non que cette crise financière puisse être prise à la légère. Un ensemble d’analyses alerte depuis longtemps sur les folies d’une dérégulation sans entraves. La catastrophe était prévisible.

On nous dit le capitalisme est devenu fou. Non, c’est le capitalisme, c’est tout. Jusqu’au bout faire de l’argent sur de l’argent, cultiver la rentabilité immédiate, viser le plus de « retour sur investissement » possible (contre l’emploi), surendetter et surendetter encore les plus pauvres, monter jusqu’à plus soif des circuits financiers impossibles à contrôler, pour n’être contrôlé par personne, défiscaliser dans les paradis fiscaux. Ce fut l’unique horizon, la boussole, et le principe de gloire des financiers les plus habiles. Qui va payer la récession ? Les salariés dont les revenus seront comprimés. Les salariés, licenciés. Les salariés en CDD, qui ne seront pas ou plus embauchés. Les retraités les plus pauvres. Les malades déremboursés. Les chômeurs toujours plus contrôlés, toujours plus radiés. Les universités et la recherche publique, aux budgets réduits. Bref ceux qui payaient déjà la paupérisation de l’Etat organisée par la noblesse d’Etat libérale.

Mais silence sur ces conséquences. Les traders souffrent, un peu de compassion…De fins idéologues posaient le libéralisme en « fin de l’histoire ». Il est temps de remettre à l’endroit ce que le libéralisme économique fait tourner à l’envers.