Collectif (février 2009)

A tant sacrifier au culte passe-partout de l’individu, devenu sens commun, les usages libéraux de l’individu sont passés sous silence.

L’individualisation des contrats de travail, entre autres. C’est-à-dire la flexibilité. Avec la précarité qui l’accompagne. Et qui interdit aux plus jeunes de s’imaginer un avenir. Cette précarité qui encourage la concurrence de tous contre tous (dont la xénophobie se nourrit).

L’individualisation des tâches, des carrières, des salaires, aussi. Traduisez : l’intensification du travail et la docilité exigée dans les entreprises, pour gagner plus ou ne pas être licencié.

L’assurance individualisée pour sa retraite et sa santé, avec les réformes successives des retraites, les déremboursements, les franchises médicales.

Dans cette société de marché, où tout et tous deviennent marchandises, la lutte générale et individuelle pour les places, a progressivement cassé les solidarités entre salariés – et entre générations – lentement construites. De sorte que s’installe un sentiment d’impuissance ou de fatalité, qui trop souvent démobilise. Quand il n’invite pas au « Me, Myself and I », pour seule boussole.

Ajoutons : la régularisation « individuelle » des sans-papiers. C’est-à-dire l’arbitraire préfectoral, et l’arbitraire patronal qui prolonge ou pas ce sésame qu’est devenu le CDD, pour 150 000 travailleurs sans-papiers, au minimum, dans le bâtiment et les travaux publics.

Enfin, cerise sur le gâteau, le traitement « individualisé » des demandeurs d’emploi, qui culpabilise et pousse à accepter des postes dévalués.

A Copernic, nous choisissons le collectif. C’est par le mélange et dans le collectif que les Groupes de Travail se forment, définissent leur objet et s’autogèrent. C’est de ce brassage que sortent les ouvrages publiés. C’est du travail collectif, que Copernic tire sa raison d’être et ses raisons d’agir. De ce collectif bizarre, de ce mélange improbable entre syndicalistes, hauts fonctionnaires et fonctionnaires de toutes catégories, chercheurs, militants associatifs ou politiques, élus, médecins, professeurs, juristes, chômeurs et salariés, qui acceptent de croiser leurs regards, pour enrichir, voire déplacer, leurs perspectives initiales. Celles et ceux qui travaillent à Copernic viennent d’histoires ou de convictions différentes (écologistes, socialistes, communistes, féministes, libertaires). Ils veulent que ces traditions dialoguent.

C’est parce qu’il joua, de la sorte, « collectif », que Copernic servit de passerelle et fit trait d’union, ces dix dernières années, pour lancer des campagnes : contre les réformes des retraites, contre la privatisation de l’assurance-maladie, en co-animant avec le Mouvement de la Paix le collectif des 50 organisations contre la guerre en Irak, en co-animant également, avec les associations de chômeurs, l’appel à un Grenelle de l’Unedic, ou en s’engageant pour défendre les services publics, et en initiant, avec l’appel des 200, la campagne pour le « non » au TCE, jusqu’à ce fameux 29 mai. Très bientôt, nous proposerons une nouvelle campagne : « Travailler tue. En toute impunité ! ».

Les plus malins nous plaignent, nous jugent définitivement « has been ». Qu’importe : nous croyons, toujours, à la force du collectif. La produire est ardente obligation.