« Qu’entend-t-on dans nos consultations ? » (juillet 2009)

Intervention lors de la conférence « Travailler Tue », organisée le 11 juin à Aix en Venelles.

Nombre de salariés dénoncent, comme il est fréquent de l’observer, leurs conditions de travail : contraintes de temps, contraintes liées aux process et qui réduisent l’autonomie et la prise d’initiatives, rationalisations dont les logiques échappent, pressions hiérarchiques, management + ou – brutal, bilans d’évaluation vécus comme injustes, etc.

Mais un nombre de plus en plus élevé de salariés font état de tensions entre collègues, tensions décrites comme difficiles à vivre, et attribuées à une difficulté majeure, parler du travail entre eux.

Un troisième type de plainte est communément avancé, il relève, pour bon nombre des salariés, de la conscientisation douloureuse du niveau d’infantilisation auquel ils sont assignés.

« Entre nous on ne parle plus du boulot, on se méfie de plus en plus, de tout, de tout le monde » Les salariés évoquent comment les discussions sur le travail sont confisquées, « ils font semblant de nous demander notre avis, mais tout est déjà ficelé », et combien toute velléité de reprise de parole, voire de contestation est sévèrement réprimé (convocation devant le responsable accompagné du chef de service, du DRH etc…).

A la question que je leur pose systématiquement, et qui consiste à savoir si ils partagent avec leurs collègues de travail ces mêmes préoccupations, et si tel était le cas, comment ils arrivent à en parler ensemble ; la réponse est souvent la même : « on ne peut pas en parler ensemble parce que personne n’ose dire ce qu’il pense vraiment, on voit bien ceux qui marchent dans la combine et ceux qui traînent les pieds, mais entre nous on ne parle plus du boulot, on se méfie de plus en plus, de tout, de tout le monde ».

Et l’un de me dire : « je sais pas si vous avez remarqué Docteur, mais on est plusieurs dans l’atelier à s’être mis à faire du sport. (la moyenne d’âge dans cet atelier est de 46 ans) Vous savez pourquoi ?, parce que quand on courre ensemble ça permet de se reparler sans que ça finisse mal ; à l’atelier c’est terminé, à chaque fois on va au clash, alors comme ça au moins on maintient des liens, ça permet de tenir ».

Docteur Elisabeth Font-Thiney