Communiqué en hommage à Luc Beal Rainaldy (mai 2011)

COMMUNIQUÉ DE LA FONDATION COPERNIC

La Fondation COPERNIC rend hommage à Luc Beal Rainaldy, 52 ans, Inspecteur du Travail, secrétaire national du SNUTEFE FSU (1) , qui s’est donné la mort le 4 mai dernier dans des locaux du Ministère du travail et dont les obsèques ont eu lieu le 13 mai 2011 à Fontenay-sous-Bois (94). Ce fut une émouvante cérémonie, en présence de nombreux collègues, syndicats et associations, où ses engagements au service de la défense des droits des salariés ou des « sans papiers » ont été soulignés. Nous partageons la consternation et la douleur de ses camarades et proches.

Si un suicide procède toujours de l’addition de plusieurs facteurs, le contexte où il survient, exprimé par Luc Beal Rainaldy dans sa dernière lettre, met en lumière un phénomène jusque-là occulté : les dégâts humains de la revue générale des politiques publiques – RGPP – soit la restructuration brutale des services de l’Etat, menée au pas de charge depuis 4 ans.

Cette autoproclamée « réforme de l’Etat » emprunte les mêmes méthodes que les restructurations dans les groupes industriels et commerciaux, elle promet toujours de faire mieux avec moins… Et produit fatalement des effets similaires dans les services publics (fonctions publiques, « opérateurs » comme Pôle Emploi, Sécurité Sociale…) : suppressions de postes, réorganisations permanentes, perte de sens sur les missions ; s’y ajoutent la paupérisation et l’inefficacité organisées, et jusqu’à la sécurité de l’emploi qui se trouve aussi remise en cause.

Ainsi les risques psycho-sociaux (intensification du travail, individualisation, harcèlements…), apparus au grand jour à travers les cas de France-Télécom ou Renault et contre lesquels les services du Ministère du travail ont été sommés de se mobiliser, émergent-ils en son cœur. Le phénomène des suicides professionnels progresse dans plusieurs administrations et sort enfin de l’ombre (2).

Lors d’un colloque co-organisé par la Fondation COPERNIC et le Monde Diplomatique en juin 2009, ce constat avait été posé : « … A l’instar du secteur privé, ces maux gagnent l’administration. Les personnels ont l’impression de voir émerger en son sein des travers qu’ils étaient censés aider à endiguer dans les entreprises… » (3)

Il va falloir faire reculer et battre cette transformation en profondeur du service public qui le dénature, au prix de la souffrance des agents, et conduit à des drames.

Les combats sans concession et si généreux de Luc sont un exemple pour tous ceux et celles qui l’ont côtoyé.

Aux côtés de beaucoup d’autres, nous allons les continuer.

LA FONDATION COPERNIC, LE 16 MAI 2011

1. Syndicat national unitaire Travail Emploi et Formation Economie – FSU. 2. Cf. Libération – 16/04/11 « Services publics : un malaise face à l’hémorragie ». 3. L’Etat démantelé, Ed. La Découverte, 2010, Chapitre 12, « La réforme des services déconcentrés de l’Etat. L’exemple de l’Inspection du Travail », p.200-210.