Médecine du travail (mars 2012)

Service de santé mutilé par l’équipe Sarkozy, placé sous la coupe des employeurs, alors que le code de déontologie médicale stipule que « le médecin ne peut aliéner son indépendance sous quelque forme que ce soit ».

La médecine du travail est une fantastique idée progressiste, celle d’une médecine préventive de proximité, chargée de dépister toutes les maladies et souffrances professionnelles, et exercée par des médecins spécialement formés. Comme c’est le patronat qui fait courir des risques aux salariés concernés, c’est lui qui doit en assurer le financement.

Or, doucement mais sûrement, ce dernier a réussi à limiter et à dénaturer cette belle avancée sociale, conquise après la seconde guerre mondiale. Il a pris le contrôle des centres de santé, au détriment de leur gestion paritaire, les utilisant abusivement pour détourner des moyens et de l’argent, pour freiner l’indépendance des médecins et de leurs actions.

À cette offensive s’est ajoutée l’inaction coupable des gouvernements. La médecine du travail a cessé d’être promue. Résultat : la formation et le recrutement de médecins ont été taris, jusqu’à ce que manquent 600 médecins sur 6000 ; les visites ont été espacées d’un à deux ans (le syndicat patronal, le Medef, a même proposé tous les quatre ans), les moyens techniques ont diminué. L’assaut (final) contre cette administration vieillie et affaiblie a été lancé en 2010, via un amendement déposé au détour de la réforme des retraites. Annulé par le Conseil constitutionnel, le texte est repris ensuite par la majorité UMP, et paraît au Journal officiel le 24 juillet 2011. Il introduit de rudes modifications régressives. La mise en œuvre de la santé au travail n’est plus placée sous la seule responsabilité des médecins du travail. Des « servi- ces de santé au travail » (SST) pluridisciplinaires, comprenant « des intervenants en prévention des risques professionnels et des internes, infirmiers, ergonomes, psychologues », l’assument dorénavant. La gouvernance de ces SST est assurée, désormais, par un conseil d’administration paritaire, sous présidence patronale. Les salariés bénéficient des SST, mais la surveillance médicale peut être assurée par des médecins généralistes.

Or, aujourd’hui, plus que jamais, compte tenu de l’ampleur des souffrances au travail, le retour à une véritable médecine indépendante s’impose. C’est pour cela que se sont battus, en 2010 et 2011, l’ensemble des partis de gauche et les six syndicats.

Article extrait de la Note Copernic, Sarkozy : bilan de la casse, Syllepse, 2012.