Immigration choisie (avril 2012)

Qualificatif de l’immigration un temps tolérée par l’équipe Sarkozy.

La notion d’immigration choisie est apparue en 2006 dans le discours institutionnel à l’occasion d’une énième réforme de la réglementation relative aux étrangers (loi n° 2006-911 du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration). Elle est promue par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Reposant sur la qualification professionnelle, elle est présentée comme le moyen adéquat de contrer l’immigration supposée « subie », pour l’essentiel composée des conjoints et enfants de migrants de Français, de migrants en situation régulière et des demandeurs d’asile. Pour l’équipe Sarkozy, l’immigration professionnelle est la seule acceptable, parce qu’elle correspond aux besoins du marché français du travail – sur la base desquels l’État opérera un tri parmi les candidats. Ils seront sélectionnés parce que leurs compétences les destinent aux métiers dits « en tension ».

Au premier abord, ce dispositif paraît reposer sur le bon sens : qu’a-t-on besoin de s’embarrasser de migrants qui ne trouveraient pas leur place dans une économie en crise au sein de laquelle le chômage touche de nombreux nationaux ? Préparant sa candidature à la présidentielle de 2007, l’équipe Sarkozy caresse ainsi dans le sens du poil les xénophobes et une partie du corps électoral qui souffre.

La réalité a peu de rapport avec cette dichotomie entre étrangers « choisis » et étrangers « subis ». D’abord parce que nombre des « subis » travaillent, y compris quand la loi le leur interdit (sans-papiers ou demandeurs d’asile). De nombreux secteurs de l’économie (agriculture, construction, nettoyage, gardiennage, restauration, travaux domestiques, confection, etc.) savent d’ailleurs tirer parti et profit de cette interdiction en les sous-payant. Au point qu’il est légitime de penser que la fabrication des sans-papiers par la loi et leur maintien indéfini dans l’irrégularité relèvent d’un calcul.

Et puis ce « détail », oublié par l’équipe Sarkozy : le droit international interdit de traiter comme indésirables une partie conséquente de la « migration subie ». La vie familiale est garantie par la Convention européenne des droits de l’Homme (art. 8). Quant aux demandeurs d’asile, la convention de Genève (ONU 1951) les autorise à franchir les frontières de tout État en vue de leur protection.