La santé n’est pas un business (avril 2012)

Article de Willy Pelletier, sociologue, coordinateur général de la Fondation Copernic, LeMonde.fr | Fondation Copernic | 12.04.2012

LeMonde.fr | Fondation Copernic | 12.04.2012

En France, le nombre des consultations assurées par Médecins du monde s’est accru de 10 % en deux ans (en 2010, selon un rapport de Médecins du monde). Un Français sur quatre renonce à se soigner faute de moyens ; trois fois plus qu’en 2009.

En cinq ans, la politique de santé eut un objectif : réduire les dépenses publiques, en organisant le transfert des remboursements de la Sécurité sociale vers les mutuelles et les assureurs privés, et en transformant les hôpitaux en cliniques rentables. Conséquence : nombre d’hôpitaux rognent sur leur personnel, se centrent sur des maladies « rentables » et facturent plus de frais aux patients (chambre seul, ticket modérateur…).

Pour se soigner, une personne paye 52 % de plus que 7 ans auparavant (en 2008, selon une étude de l’UFC-Que choisir). Le prix du médicament a doublé entre 1990 et 2009 (selon un rapport de la Cour des comptes). Seuls 20 % des médecins pratiquent au tarif de la Sécurité sociale (en 2007, selon un rapport de l’IGAS). Les dépassements d’honoraires ont triplé en 20 ans. Déremboursements et franchises médicales se multiplient. Les salariés du privé en arrêt maladie voient leurs trois premiers jours non payés.

Les inégalités face aux soins, ce sont des vies maltraitées. Celle de René notamment, contractuel, qui sort du travail avec de violents maux de tête. Il lui faut des lunettes. Mais dans cette ville pauvre d’Ile-de-France, il n’y a plus d’ophtalmologue et 4 % de ses frais seront remboursées par l’assurance-maladie. Il n’a pas de mutuelle. Comment pourrait-il, au smic ? La cotisation à une mutuelle revenait, en moyenne, à 400 euros par an ; l’impôt indirect sur les contrats de santé a doublé en 2011, elle coûte 20 % de plus. Comment faire ? Le quinze du mois, il est à découvert.

N. Sarkozy et M. Le Pen défendent les honoraires libres. L’UMP refuse de « contraindre » les médecins à aller dans les déserts médicaux et soutient la loi « Hôpital patients santé territoire » de 2009, qui supprime la notion de service public hospitalier. Ce laisser-faire ne corrigera pas les inégalités. C’est pourquoi nous sommes si nombreux à défendre le remboursement à 100 % des dépenses de santé, la suppression du secteur optionnel et du secteur 2, l’obligation d’installation des jeunes médecins dans les zones en pénurie (les incitations financières ne suffisent pas), la création de centres de santé pluri-disciplinaires qui autorisent des consultations gratuites de spécialistes et de généralistes, la suppression des forfaits et franchises, l’intégration des mutuelles à la Sécurité sociale. Il faudra aussi transformer les cliniques privées en hôpitaux publics avec statut public pour les personnels. Sur tous ces sujets, F. Hollande reste très en-deçà. Mais la santé ne peut plus rester un business. Se soigner est un droit égal pour tous.

Enfin, toute politique de santé devrait développer la prévention. Notre pays est en retard : seul un français sur trois effectue volontairement un bilan de santé. Prévenir permet de mieux dépister les pathologies, de les traiter avant qu’elles s’aggravent et coûtent ! Le retour à une vraie médecine scolaire et à une médecine du travail indépendante s’imposent.

Willy Pelletier, sociologue, coordinateur général de la Fondation Copernic.