Prison (mai 2012)

Établissement pouvant être désormais de propriété privée. Depuis 2002, la loi d’orientation et de programmation pour la justice (LOPJ) a confié aux industriels du BTP la construction, la maintenance et la gestion des services aux personnes (restauration, formation, transport des détenus, accueil des familles, travail pénitentiaire…).

Dans son discours prononcé devant le congrès à Versailles en juin 2009, Nicolas Sarkozy a lui-même déploré le caractère honteux de l’état des prisons françaises, tout en en tirant, pour seul enseignement, la conclusion « progressiste » sui- vante : « Nous construirons donc d’autres prisons… C’est une nécessité morale »…

Annoncée en grande pompe comme un tournant décisif dans la lutte contre la misère carcérale, la loi pénitentiaire du

24 novembre 2009 n’aura apporté aucun élément de réponse concret, susceptible d’améliorer de manière significative la situation des détenus et du personnel surveillant. Elle se borne à consacrer de manière « platonique » les principes de respect de la dignité et de l’intégrité physique des détenus, tout en entérinant, entre autres, la violation permanente du droit à l’encellulement individuel – pourtant prévu par la loi depuis 1875… – en prévoyant, notamment, une phase de transition de cinq années à compter de l’entrée en vigueur du texte, au cours de laquelle il pourra être dérogé à cette règle fondamentale en maison d’arrêt. De surcroît, au prétexte de veiller à la réinsertion du détenu, la loi pénitentiaire de 2009 met en place l’obligation d’activité. Mal rémunéré, le travail tel qu’il est pratiqué en prison ne prépare aucunement à la réinsertion, pas plus qu’il n’aide à obtenir une formation professionnelle, car les activités considérées sont difficiles à faire valoir à la sortie – soit elles ont été entièrement mécanisées, soit elles ont été délocalisées dans des pays à bas coût .

Au 1er février 2012, la France a atteint un niveau record de 65 699 détenus pour 56 150 places disponibles, soit un taux d’occupation général de 115 %, ce taux pouvant atteindre jusqu’à 200 % dans une quinzaine d’établissements. Près de 1 000 détenus dorment encore, à l’heure actuelle, sur des matelas à même le sol. Un surveillant pénitentiaire a la charge, en moyenne, de 80 à 90 détenus.

Ces statistiques terrifiantes sont à rapprocher du nombre de suicides en prison, la France ayant enregistré, en 2010, avec 109 décès, l’un des plus forts taux en Europe. 80 % de la population carcérale présente, par ailleurs, une pathologie psychologique nécessitant un suivi médical, ces chiffres devant être mis en regard d’une politique pénale qui tend, depuis des décennies, à limiter au maximum les cas d’irresponsabilité pénale, stabilisés autour d’un ratio d’à peine 0,5 %. Jamais l’expression « les statistiques parlent d’elles-mêmes » n’aura eu autant de sens…