Quand la répression répond au mal-logement : criminalisation de la misère et violences policières (octobre 2013)

Communiqué de la Fondation Copernic 23 octobre 2013

Entorses, contusions, côtes fracturées, entre un « encagement » de plusieurs heures et une évacuation brutale et illégale : la répression qui s’est abattue sur les mal-logé-es et les militan-es qui les soutenaient samedi 19 octobre place de la République a été particulièrement violente. Et elle n’était qu’un nouvel épisode d’une semaine de mobilisation du DAL (dûment déclarée en préfecture) rythmée par le harcèlement policier : interpellations et destruction du campement des familles le 15 octobre, nouvelle évacuation le 17 octobre (à l’aube de la Journée mondiale de lutte contre la misère) sous la menace des CRS.

Coups, blessures, traitements dégradants, nous sommes bien en France fin 2013, sous le gouvernement Ayrault. Ce gouvernement poursuit sans rupture la politique du précédent, autoritaire, méprisante et sourde aux revendications humanitaires et sociales. Il ne s’agissait pourtant, en face des gardes mobiles et de la police d’intervention, que de manifestants pacifiques, familles mal logées et sans logis, prioritaires DALO, anciens demandeurs, locataires en galère et leurs soutiens, qui ne demandaient que le respect de leurs droits et l’application des lois (loi DALO, droit à l’hébergement, loi de réquisition, notamment).

Cet épisode particulièrement choquant n’a pourtant pas fait la une des médias. Pas plus que l’expulsion de 19 familles à Montreuil à la veille de la trêve hivernale, ou la nième évacuation de camp sans solution de relogement. Une expulsion parmi d’autres. Les violences de la République cette semaine vont-elles elles aussi devenir des violences parmi d’autres ? Elles marquent une évolution dramatique : la criminalisation toujours accrue de la misère, et la criminalisation des mouvements sociaux qui la dénoncent, sur fond d’atteinte à la liberté de manifester, liberté constitutionnelle et droit républicain s’il en est.

A l’heure où la discussion publique de la loi ALUR proposée par la ministre du logement s’ouvre au Sénat, les pouvoirs publics répondent par la répression à la détresse des individus, des familles, des enfants sans toit à la veille de l’hiver.

La Fondation Copernic s’alarme de ce tournant répressif et condamne avec la plus grande fermeté ces traitements indignes, véritable faute politique. Associée au DAL et à la Plate-forme Logement des Mouvements sociaux dans le cadre d’une campagne contre le logement cher [1], elle demande l’amendement de la loi ALUR, pour assurer le relogement des prioritaires DALO, le droit à un hébergement jusqu’au relogement, l’application de la loi de réquisition, l’interdiction des expulsions illégales et des congés frauduleux, le renforcement des droits des habitants de logement indécents ou indignes, et la baisse significative des loyers.

La misère grandit, la répression aussi, jusqu’où ?