Pacte de « solidarité » : ce sont encore les plus pauvres qui vont trinquer ! (avril 2014)

Par Julien Bonnefond, membre de la Fondation Copernic

À l’issue du conseil des Ministres du mercredi 16 avril, le voile a, en partie, été levé sur les mesures que compte prendre le gouvernement de Manuel Valls en matière d’économies budgétaires. Si depuis longtemps nous savions que les aides aux entreprises, sous forme de nouvelles exonérations de cotisations sociales, avaient le vent en poupe, en matière d’économies, les choses étaient moins claires.

Elles le sont bien plus maintenant. La mise en place du pacte dit de « responsabilité » (et de son volet « solidarité »), qui ne comporte aucune contrepartie en termes d’emplois, ainsi que la confirmation de la volonté de réduire les déficits publics pour atteindre les 3% du PIB, se traduiront par de nouvelles attaques contre les plus pauvres.

En effet, lorsque le ministre déclare que « pour veiller au sort des plus démunis, les minima sociaux seront préservés » des mesures de restriction budgétaire annoncées, il ne fait que masquer la réalité des faits. Car, dans le même temps, il annonce une série de mesures qui toucheront bien les plus pauvres.

Concrètement, sur les 50 milliards d’euros à trouver, 11 milliards le seront par le biais d’un gel des prestations sociales. Pour cela, le gouvernement a, entre autres, décidé de reporter d’un an (en attendant la suite ?) l’augmentation, pourtant symbolique, du RSA octroyée début 2013. Rappelons que, depuis la création du RMI, les prestations versées aux plus démunis n’ont fait que perdre en pouvoir d’achat, ce qui avait amené les associations caritatives à demander dès 2012 la revalorisation du RSA de 25 %, afin de retrouver le niveau de 1988. Face à cette demande bien modeste, le gouvernement Ayrault avait généreusement accepté d’augmenter le RSA de 10 % sur l’ensemble du quinquennat (soit 10 euros de plus chaque année !). Aujourd’hui, une personne seule perçoit moins de 500 € pour vivre, lorsque les enquêtes disponibles montrent qu’il est impossible de vivre décemment avec moins de 1 500 €. Les quelques 2 millions d’allocataires du RSA devront donc attendre au moins un an de plus pour toucher cette fabuleuse cagnotte, au moment même où près de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

Autre mesure symbolique de l’orientation « sociale » du nouveau gouvernement Valls, le gel de l’Aide Personnalisée au Logement (APL), qui va toucher plus de 4 millions de bénéficiaires. Annoncer une telle mesure alors que la période des expulsions vient juste de reprendre et que celles-ci n’ont jamais été aussi nombreuses (150 000 en 2012 [1]) confirme bien, s’il le fallait, que ce gouvernement a abandonné toute volonté de répondre aux besoins essentiels des plus démunis.

Une fois de plus les cadeaux aux entreprises vont se faire sur le dos des plus pauvres.

L’urgence réclame maintenant que les députés refusent de voter un tel pacte, qui enfoncera dans la misère un nombre croissant de ménages.

Julien Bonnefond