Un moindre mal qui peut conduire au pire

Un moindre mal qui peut conduire au pire

L’Humanité, 30 mars 2017

voteutile


 

Une musique de fond résonne, gagne en puissance, celle du vote utile qui empêcherait la candidate du Front National d’être élue. Il est clair que la V° république permet d’instaurer en quelques semaines un régime autoritaire et que l’état d’urgence donne les moyens d’interdire légalement les réactions sociales et politiques. La question est donc sérieuse. Il faut pour l’aborder réfléchir aux moyens de modifier la situation, de sortir du choix mortifère entre l’extrême droite et le néolibéralisme.

L’abstention massive des jeunes et des milieux populaires s’ajoutant aux 3 millions de non-inscrites ne doivent pas être acceptées comme inéluctables. Il faut comprendre pourquoi 32% des inscrits pourraient s’abstenir, voire même 50% des jeunes de moins de 25 ans, pourquoi l’abstention concerne plus de 40% des ouvriers et des employés, et même pourquoi 17% des ouvriers et 13% des employés inscrits votent pour le Front National, leur plus grand ennemi.

Qu’est devenu le débat sur les projets politiques ?

Il fut une période où l’on choisissait au premier tour, et on éliminait au second. En 2017, il y eu élimination lors des primaires. Dans cette grande lessive, il ne reste plus grand chose du débat politique. En outre, les scandales dus à la collusion entre le monde des affaires et la « noblesse libérale d’État » amplifient le rejet d’une vie politique toujours plus éloignée des mesures à prendre  pour répondre aux problèmes de la vie quotidienne de l’immense majorité de la population.

Or ceux qui, à gauche, nous raisonnent aujourd’hui pour le vote utile dès le premier tour, soutiennent Macron « pour battre Le Pen », sont responsables de cette situation, conséquence directe du bilan calamiteux de la politique menée sous le quinquennat Hollande.

Leur bilan, c’est plus de chômeurs, de personnes mal logées, l’aggravation des conditions de travail, toujours moins de droits aux salariés et plus de moyens aux employeurs, l’absence de toute décision à la mesure de l’impératif climatique, le maintien de la place du nucléaire, la reprise du discours idéologique néolibéral de la droite, du patronat sur la compétitivité, quand ce n’est pas de l’extrême droite sur l’identité, la déchéance de nationalité. C’est aussi un tournant néoconservateur, une remise en cause des libertés démocratiques avec l’instauration d’un état d’urgence permanent, et l’utilisation répétée du 49,3.

Macron, le candidat du patronat et de l’establishment, dont l’objectif est d’amplifier les attaques contre le code du travail, contre le système d’assurance chômage, contre la retraite par répartition, qui veut toujours plus alléger les « contraintes » pour les entreprises, étendre le CICE, baisser les impôts sur les sociétés, mènerait une politique qui conduirait inéluctablement à de telles conséquences, encore amplifiées.

Nous n’avons pas à nous laisser imposer le consentement de la politique Macron, de la continuation et de l’amplification des politiques néolibérales et autoritaires de ces dernières années.

Dans ce champ de ruines, ce qui s’impose, c’est la reconstruction d’une alternative de gauche ancrée dans les milieux populaires ayant pour objectif la transformation sociale et écologique de cette société.

Patrick Le Moal
Inspecteur du travail
Membre de la Fondation Copernic