Charybde et Scylla

Charybde et Scylla

MERCREDI, 3 MAI, 2017

par Christian de Montlibert, sociologue.

A

Entre deux maux il faudrait, dit le bon sens, choisir le moindre. Cette proposition est absurde. Pourquoi devrait-on – à moins d’aimer la souffrance- choisir le moindre ? Entre deux maux, il n’y a qu’une solution logique les repousser tous les deux. Entre la peste ou le choléra choisissons la vie. Marine Le Pen, quoi qu’elle en dise en adoptant une posture présidentielle de défense des travailleurs, pourrait bien, si elle avait la majorité pour le faire, instaurer un régime qui non seulement serait xénophobe mais qui s’en prendrait aussi, et vite, aux forces syndicales et politiques qui s’opposeraient à sa politique. Faute d’une majorité, le risque existe aussi qu’elle cherche à obtenir plus de pouvoir encore et  qu’elle mène une politique répressive : de Charles X à Pétain en passant par Napoléon III et Adolphe Thiers, l’histoire ne manque pas d’exemples. Aussi faut –il faire savoir vigoureusement, en occupant la rue, faute de pouvoir gagner dans les urnes, le refus de voir Marine Le Pen élue présidente de la République.

Mais ce refus n’implique pas pour autant de soutenir son concurrent. Emmanuel Macron représente en effet une politique néolibérale pro européenne, héritée de Delors et Strauss-Kahn, dont les conséquences s’avèreront plus désastreuses encore  pour « l’état de (très relative) sécurité sociale » que les luttes des générations antérieures ont permis de construire. Il suffit de rappeler pour imaginer les conséquences d’une précarisation généralisée que la mortalité des chômeurs, toutes conditions égales par ailleurs, est multipliée par 4, que la comparaison, sur de multiples critères comme la santé, le taux de suicide, la réussite des enfants, etc.,  entre les salariés du privé soumis à l’aléatoire et les fonctionnaires, est toujours au désavantage des premiers. Plutôt que de prôner la flexibilité pourquoi ne pas renverser la proposition ? Que le patronat paye le cout direct et indirect de la mise au chômage puisqu’il en est responsable ! Que la collectivité s’approprie les principaux moyens de production et généralise « l’état de sécurité sociale » pour permettre l’émancipation et l’accomplissement de chacune et chacun, sans bureaucratie. Ceci n’est pas une utopie dépassée ! Mais ce n’est pas ce qui guidera la présidence d’Emmanuel Macaron s’il est élu, bien au contraire. Avec le néolibéralisme, c’est la réalisation –pourtant très partielle – du programme du Centre National de la Résistance qu’il s’agit de détruire, en instaurant la lutte de chacun contre tous. C’est faire en sorte que le capital, qui utilise pourtant la force de travail selon ses intérêts, soit libéré de toutes les contraintes que les luttes des travailleurs lui ont imposées. Macron fera, ainsi, le lit du FN en détruisant ce qui reste de socialisation des moyens d’existence au nom d’une pseudo-modernisation de l’économie et de la société.

Dans ces conditions, contre l’une et l’autre, contre les deux modèles de société qu’ils veulent imposer, contre la peste et le choléra, ne leur donnons pas de majorité aux élections législatives et manifestons dans la rue le premier mai  et le sept mai, entre le muguet du souvenir de la fusillade de 1891 à Fourmies et le temps des cerises de la Commune révolutionnaire.