Macron : nouveau véhicule des vieilles lunes libérales

Macron : nouveau véhicule des vieilles lunes libérales

L’Humanité, 18 mai 2017
par Frédéric Neyrat, professeur de sociologie à l’université de Rouen Normandie

Frédéric Nayrat Crédit : D.R. (photo libre de droits fournie par Frédéric Neyrat)

Frédéric Nayrat
Crédit : D.R.
(photo libre de droits)

Emmanuel Macron a commencé à se faire connaître – des puissants, facilitateurs de carrière – comme « rapporteur adjoint » de la commission « pour la libération de la croissance française », mise en place par Nicolas Sarkozy en 2007 et présidée, signe de « progressisme », par Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand. Candidat à la présidence de la République, il n’a fait que décliner, de façon servile, les topiques de ce rapport qui se voulait « ni partisan, ni bipartisan » mais, déjà, « non partisan » ! L’objectif était de restaurer la croissance, en suivant l’exemple des pays européens qui réussissaient mieux parce qu’ils avaient réformé leur marché du travail, leur système scolaire ou de santé, développé la concurrence entre les prestataires de services publics, etc. Il fallait « réformer vite et massivement », la France « devant réapprendre à envisager son avenir avec confiance, sécuriser pour protéger, préférer le risque à la rente, libérer l’initiative, la concurrence et l’innovation ».

Le candidat Macron a continué à être le petit (puisque à l’époque adjoint) rapporteur de cette commission très homogène dans sa composition idéologique. Le progressisme qu’il revendique n’est que le nouveau véhicule des vieilles lunes libérales. Malgré l’affichage d’une « exigence écologique et environnementale », la soutenabilité de la croissance n’est guère interrogée. Comme si la croissance signifiait toujours progrès ! Pour retrouver la croissance, il faudrait « libérer » la société des « carcans et des blocages ». Une libération qui se traduira par l’intensification et la généralisation de la concurrence, même dans des secteurs qui jusque-là y échappaient (les projets pour les universités sont, sous ce rapport, révélateurs). Une concurrence faussée, puisque toutes les entités ainsi « libérées » ne disposent pas initialement des mêmes ressources : la disparition des plus faibles témoigne de cette conception darwiniste du progrès, rebaptisée ici « progressisme ». Mais les « carcans et les blocages » ce sont aussi les « protections » dont bénéficiaient jusque-là les citoyens, les travailleurs, les chômeurs. On ne peut faire grief à Emmanuel Macron de vouloir les supprimer, il veut simplement les réduire, drastiquement. Ni lui contester sa fibre paternaliste : on accompagnera « les plus fragiles » tout en exigeant bien sûr d’eux de nouveaux « devoirs ». Dans le même esprit, il faut, affirme-t-il, « responsabiliser » les citoyens que l’État social a trop pris en charge. Le progressisme c’est aussi l’éloge de la « mobilité », contre la « société de statut ». Mobilité géographique ou fonctionnelle des travailleurs, invités là encore à être « responsables », sans considération des effets sociaux de cette mobilité forcée. Mais il promet aussi la mobilité sociale ascendante à ceux qui auraient « le talent, la capacité, la volonté, de réussir dans notre société ». Comme s’il ne s’agissait que de talent et de volonté !

Car le progressisme d’Emmanuel Macron ne passe pas, néolibéral qu’il est, par la redistribution des richesses. Tout au contraire, c’est la fiscalité sur les plus riches qu’il s’apprête à réduire. Il est donc bien loin le temps où progressisme et progrès social pouvaient aller de pair, comme chez un John Maynard Keynes qui en appelait, pour sortir de la crise et par équité, à la réduction des inégalités de revenus et plus encore de fortunes : il parlait en termes crus de « l’euthanasie du rentier et du capitaliste oisif ».