Un bouleversement dans la continuité ?

Un bouleversement dans la continuité ?

par Pierre Khalfa

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L’élection présidentielle a été marquée par un bouleversement politique sans précédent. Les deux forces qui structuraient le champ politique depuis des décennies ont été écartées du second tour de l’élection. L’une, le PS, semble s’enfoncer dans la marginalité politique payant ainsi le bilan d’un quinquennat calamiteux et plus globalement de décennies de reniement et de mise en œuvre de politiques néolibérales. Le résultat de Jean-Luc Mélenchon montre que la gauche de transformation sociale et écologique est de retour à un haut niveau. La crise politique touche maintenant le Front national, qui malgré une progression importante en nombre d’électeurs, qui le place à un niveau jamais atteint, échoue dans son espoir de conquérir le pouvoir.

Réussissant à enfin unir les néolibéraux de droite et de gauche, Emmanuel Macron n’a disposé que de 24 % des suffrages exprimés (soit 18,2 % des inscrits) au premier tour. Si au second tour, il l’emporte contre Marine Le Pen, son score ne représente en réalité que 43,6 % des inscrits. C’est dire que la plus grande partie des Français.es, y compris ceux ayant voté pour lui, ne se reconnaissent pas dans son programme qui vise à adapter la société française au fonctionnement du capitalisme globalisé. Au cœur de son projet se trouvent les « réformes structurelles » promues par les économistes néoclassiques, le FMI, l’OCDE et voulues par la Commission européenne et la BCE. Il s’agit de « libérer » l’économie française des entraves qui la paralyseraient et d’en finir avec les rigidités et les blocages qui seraient un frein à la croissance et donc à l’emploi. Rien d’original dans ce discours qui ne fait que reprendre celui du patronat et qui a été tenu par tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique, depuis des décennies. Emmanuel Macron va donc poursuivre en les amplifiant les orientations mises en œuvre par les gouvernements précédents, orientations qui ont abouti au développement des inégalités, de la précarité, de la pauvreté, terreau dont se nourrit l’extrême droite.

La singularité du « macronisme » tient au fait que ce discours, porté par un homme jeune et souriant, se veut résolument optimiste – à l’inverse par exemple de celui d’un Fillon qui promettait « du sang et des larmes » – en valorisant l’entreprenariat individuel et la prise de risque comme mode d’intégration sociale, sa propre réussite pouvant servir d’étalon et d’exemple en la matière. Mais le sourire ne peut cacher la conception autoritaire du pouvoir qui l’anime : volonté de verrouiller la presse, adoption par ordonnances de la future loi travail, ministres aux ordres et dont la communication est étroitement surveillée… Néolibéral sur le plan économique, Emmanuel Macron semblait plus libéral que ses prédécesseurs sur le plan politique. Las, voilà que l’état d’urgence est reconduit et que l’on nous annonce une nouvelle loi sécuritaire qui devrait intégrer dans le droit commun les dispositions qui n’y sont pas encore.

Dans cette nouvelle période politique, la Fondation Copernic continuera, à son échelle, de remplir son rôle : déconstruire le discours néolibéral et proposer des alternatives ; construire les convergences nécessaires sur le plan social et politique pour les faire aboutir. Plus que jamais, la Fondation Copernic a besoin de vous pour faire vivre ce projet.