L’électorat frontiste n’existe pas

L’électorat frontiste n’existe pas

Un collectif de chercheurs s’est penché sur les ressorts du vote en faveur du Front national.

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Frédéric Lemaître

VFN-Une

Que peut la gauche contre le Front national (FN) et pourquoi nombre d’ouvriers lui apportent-ils leurs suffrages ? A l’appel de la Fondation Copernic, d’inspiration antilibérale, plusieurs chercheurs avaient planché sur le sujet à l’été 2016. Le livre coordonné par Gérard Mauger et Willy Pelletier est la restitution de leurs travaux : des contributions que la récente élection présidentielle n’a pas rendues obsolètes, bien au contraire.

Première leçon : l’électorat frontiste n’existe pas. Ce que le chercheur Daniel Gaxie avait démontré dès 2006 reste parfaitement valable. Il y a un « conglomérat » d’électeurs qui votent FN. Une diversité qui n’est pas propre à l’extrême droite. Mais un des talents du FN est justement de savoir « coaguler, même provisoirement, des électeurs aux convictions souvent très inégalement ancrées et aux orientations très hétérogènes », remarque le politiste Patrick Lehingue.

Si les chercheurs jugent réductrice l’opposition entre un FN identitaire au sud et un autre plus social au nord, ils remarquent que les élus du FN n’ayant jamais exercé d’importantes responsabilités excellent dans l’art de faire passer des messages a priori contradictoires à des électorats différents. Tant les ouvriers que les petits patrons, les catholiques traditionalistes que les homosexuels peuvent puiser dans les propos de tel ou tel dirigeant FN « la » phrase qui leur permettra de se reconnaître dans les valeurs du parti.

Mais la stratégie attrape-tout du FN a des limites. Aussi, le politiste Daniel Gaxie estime qu’au lieu de dénoncer les propos du FN sur l’immigration, il serait sans doute plus efficace de placer le parti devant ses contradictions en insistant sur des points « dont on sait qu’ils divisent ceux qui le soutiennent : l’assurance-maladie, les indemnités chômage, les aides sociales, les salaires, le droit du travail… »

Le PC fait toujours barrage

Mais la stratégie attrape-tout du FN a des limites. Aussi, le politiste Daniel Gaxie estime qu’au lieu de dénoncer les propos du FN sur l’immigration, il serait sans doute plus efficace de placer le parti devant ses contradictions en insistant sur des points  » dont on sait qu’ils divisent ceux qui le soutiennent : l’assurance-maladie, les indemnités chômage, les aides sociales, les salaires, le droit du travail… « 

Autre idée battue en brèche : le Parti communiste aurait préparé le terrain du FN.  » Au contraire, son influence dans certains secteurs de la société française joue encore aujourd’hui pleinement contre le développement de l’extrême droite. Là où ses militants et ses réseaux restent actifs, le FN rencontre des résistances « , observe le sociologue Julian Mischi.

Même s’il est vrai qu’il n’y a pas de lien direct entre l’implantation militante du FN sur le terrain et ses scores électoraux, notamment parce que les électeurs FN sont surtout marqués par ce qu’ils voient à la télévision. Une influence évidente pour les chercheurs, mais qu‘aucune étude sérieuse n’étaye.

Pas besoin d’étude non plus pour constater que le militantisme  » antifa  » n’a pas non plus d’impact direct sur les électeurs du FN. Même si la contribution de Willy Pelletier  » contre l’ethnocentrisme militant «  des anti-FN peut sembler marginale par rapport aux autres textes centrés sur le FN, ce texte à la première personne du singulier est l’un des plus inattendus et des plus stimulants du recueil.