Sous les cendres, colères et braises

Sous les cendres, colères et braises

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L’Humanité, 22 juin 2017

« Certains désastres précipitent le salut, l’or du lendemain accoure sitôt les désolations, elles en deviennent soleils » écrivait Gide, vieillissant.

Nous sommes dans la désolation et viennent des désastres. Mathématiquement, l’union des électeurs des gauches menait un candidat antilibéral à l’Élysée. Prosaïquement, les droits au travail eussent été renforcés, l’impôt rendu redistributif, les services publics, à présent empêchés d’aider, eurent permis plus d’égalités, les lois sécuritaires, la criminalisation des manifestants, étaient abrogées, les salaires augmentés, les droits réels des femmes garantis, la sortie du nucléaire programmée, etc…Dynamiquement, les milieux populaires, gagnant enfin après une élection, gagnant des droits, un avenir, du respect, ne déserteraient plus les urnes et certains ne voteraient pas Le Pen, dans cette guerre des pauvres contre de plus pauvres qu’eux que le libéralisme organise. Faute du sacrifice à cet intérêt supérieur des milieux populaires et par soucis partisans étriqués, quel résultat ? Qui va souffrir ?

Face aux malheurs intimes qui briseront tant de salariés, de précaires, de jeunes, licenciés à merci, corvéables jusqu’à l’os, interdits de futur, immobilisés dans l’incertain, qui peut se satisfaire d’entrer sous les dorures tocs des palais d’une République qui légalise l’exploitation, la légalisera davantage, qui discrimine et discriminera plus encore.

Certes, ont été balayés ceux qui, ces dernières années, multiplièrent les chèques en blanc au Medef, bref firent carrière à droite en croyant durer. Certes, n’ont pas été épargnés les godillots, tout suffisants d’eux-mêmes, qui à l’Assemblée, autorisaient cette trahison.

Mais cela servira peu si sont reconduites demain, à gauche, d’identiques façons de faire. Avec des partis caporalisés, des vassalités en cascade, le même monopole des paroles publiques autorisées, et ce ton insupportable qui prétend, à la place du peuple, dire ce que soi-disant pensent les milieux populaires.

Viennent cinq années de plomb. Nous les changerons en or peut-être. Si de nouveau, des luttes sociales, mille luttes sociales partout empêchent l’insécurité économique « en marche », l’insécurité écologique « en marche », l’insécurité sécuritaire « en marche », l’insécurité juridique « en marche ». Des luttes sociales qui repolitiseront en masse, d’abord des générations nouvelles, insoumises vraiment, insoumises d’abord aux structures verticales d’où qu’elles viennent, dans les partis, les entreprises, à l’école faite entreprise, dans les services publics managés sur le modèle du privé et par là détruits, etc…Cinq années salutaires peut-être, si dans une bataille de proximité contre l’audience du « patriotique » comme boussole, contre le bleu-blanc-rouge à la place du « rouge et noir » du mouvement ouvrier, l’identité de classe, l’égalité entre femmes et hommes, les combats contre tous les racismes (y compris le mépris de classe et certains vestiges coloniaux) refondent « la gauche » comme communauté. Cinq années salutaires, si celles et ceux que l’ordre politique réduit à n’être que représentés et « votants », bousculent enfin cet ordre, et cassent ces vieux mécanismes de la délégation politique, qui les dépossèdent du droit de directement se dire et de s’auto-gouverner (en toutes institutions).

« Nous n’avons pas besoin de maîtres, ni dans l’entreprise ni dans les partis ». Ce cri collectif sera l’or de demain, si s’élèvent des désastres qui s’annoncent, des résistances qui vont jusqu’au bout.

Willy Pelletier, sociologue, coordinateur général de la Fondation Copernic