Le Gouvernement Philippe : c’est plus pour les riches et moins pour les pauvres

Le Gouvernement Philippe : c’est plus pour les riches et moins pour les pauvres

2104150_code-du-travail-le-film-de-la-cloture-de-la-concertation-a-matignon-web-tete-030463873297

Cent jours après les élections présidentielles Emmanuel Macron est au plus bas dans les sondages, plus bas que Sarkozy et Hollande à la même époque ! Ceci constitue un réel succès pour un Président qui veut réconcilier les français autour d’un projet moderne et ambitieux. Il n’aura donc pas fallu longtemps pour que les masques tombent et qu’Emmanuel Macron qui se dit être  « ni de droite, ni de gauche » apparaissent comme le meilleur soutien des patrons et des rentiers.

Nous ne retiendrons ici qu’un seul exemple de cette politique qui favorise les plus riches et s’attaque aux plus faibles.

Dans les projets du gouvernement figure la volonté de supprimer en 2018 l’impôt sur la fortune (ISF) et de le remplacer par un nouvel  impôt sur la fortune immobilière (IFI) qui serait moins lourd et permettrait, selon les propos du Premier Ministre, de rendre plus de « 3 milliards d’euros aux Français » … les plus riches devrions nous ajouter. Quant aux quelques 2,7 millions de personnes pauvres et modestes, qui reçoivent par le biais de l’APL une contribution financière pour se loger, ils verront dès octobre prochain cette aide amputée mensuellement de 5 euros.

Objectif : gagner environ 11 millions d’euros par mois sur le dos des classes populaires.

Dans le premier cas le prétexte à la suppression de l’ISF est de retenir en France les grosses fortunes qui préfèrent s’exiler dans les paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. Dans le second cas il s’agit selon Edouard Philippe (dixit sa déclaration de politique générale du 4 juillet dernier) de réduire le déficit des comptes publics et de lutter contre « l’inefficacité » supposée de la politique française d’aide au logement qui se manifesterait par une dépense publique en matière de logement «deux fois plus élevée » que celle de nos voisins européens.
Mais qu’en est-il exactement ? Si la suppression de l’ISF ne retiendra en rien les rentiers qui continueront à placer leur argent dans les pays ou l’impôt est plus faible, voire inexistant, par contre l’argument invoqué de l’inefficacité de la politique publique du logement constitue au mieux une preuve de l’incompétence de ce gouvernement, au pire une volonté de masquer la réalité des chiffres. Car du point de vue économique et social les aides au logement, et l’APL en particulier dont le montant moyen est de 220 euros par mois pour une personne seule (sources Cnaf), constitue un des moyens les plus efficaces pour réduire le taux de pauvreté monétaire. Celui-ci s’établissait en 2015 à 14, 3 %, mais aurait été sans les APL d’environ 16,6 % soit 2,3 points de plus. Dit autrement les APL ont permis à environ 1,3 million de personnes de sortir de la pauvreté. Cette décision de baisser les APL est d’autant plus erronée que, relativement aux sommes allouées, l’APL a un impact sur la réduction du taux de pauvreté supérieur à celui de l’ensemble des minimas sociaux. On estime en effet que les minima sociaux permettent de réduire la pauvreté d’environ 1,5 point (sources DREES 2013).

Dès lors la politique qui conviendrait de mener, et qui est réclamée depuis longtemps par l’ensemble des associations de lutte contre le mal logement, consisterait plutôt à augmenter ces aides à la personne plutôt qu’à les diminuer et à les ouvrir à de nouvelles populations précarisées plutôt qu’a resserrer les critères d’attribution comme cela a été le cas depuis une dizaine d’années. Mais pour cela encore faudrait-il en avoir la volonté politique, ce qui n’est visiblement pas le cas du gouvernement actuel.

Didier Gelot – Économiste.