« Macron s’inscrit dans la droite ligne des réformes néolibérales menées depuis trente ans »

« Macron s’inscrit dans la droite ligne des réformes néolibérales menées depuis trente ans »

LE MONDE ÉCONOMIE |  

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Dans une tribune au « Monde », Jean-Baptiste Eyraud (Droit au logement), Willy Pelletier (Fondation Copernic) et Aurélie Trouvé (Attac) appellent à une mobilisation contre la politique « d’appui aux plus riches et aux multinationales »

Par Jean-Baptiste Eyraud (porte-parole de Droit au logement), Willy Pelletier (coordinateur de la Fondation Copernic) et Aurélie Trouvé (porte-parole d’Attac)

La loi travail qu’Emmanuel Macron et son gouvernement tentent de promulguer par le biais des ordonnances n’est qu’une pierre à leur édifice : après les droits des travailleurs, ce sont les droits des chômeurs qui seront visés à travers la réforme de l’assurance chômage. Le gouvernement entend également toucher au cœur de l’Etat social, avec une remise en cause profonde de la politique du logement, au bénéfice des bailleurs.

Il s’apprête à ébranler le peu qu’il reste d’un État stratège économique, employeur et garant des missions de services publics, avec une privatisation des 10 % des participations qu’il lui reste. Et de façon tout à fait logique, il va lancer une contre-révolution fiscale en faveur des plus gros détenteurs de patrimoine financier, de même qu’il défend la signature des accords de libéralisation des échanges, dont celui entre l’Union européenne et le Canada mis en œuvre dès le 21 septembre. Voilà une politique claire et cohérente d’appui aux plus riches et aux multinationales, qui a au moins le mérite de la transparence.

Dans ce contexte, à quoi bon se mobiliser contre la nouvelle loi travail, puisqu’elle n’est qu’un pan de ce vaste programme et que les dés semblent jetés ?

Exploitation toujours plus brutale

D’abord parce qu’elle introduit des transformations majeures dans l’entreprise : pour « libérer le travail », il s’agit de faciliter le licenciement des employés et le nivellement vers le bas des conditions de travail dans les entreprises. Ensuite, parce qu’elle est la première vraie grande mobilisation sociale contre ce gouvernement, qui se prépare à « libérer » bien d’autres choses. Que se passera-t-il si malgré les régressions majeures que comporte cette loi contre les salariés, imposée par des ordonnances et court-circuitant ainsi les débats à l’Assemblée nationale, le gouvernement ne trouve pas d’opposition sur son chemin ?

Les mobilisations contre la loi travail ne sont donc pas que de la responsabilité des syndicats, elles sont de celle de tous les citoyens et organisations qui se mobilisent en défense des droits humains fondamentaux, en défense des dominés, des salariés, des chômeurs des locataires et des précaires.

Elle est de la responsabilité de tous ceux qui refusent le capitalisme financier comme seul horizon : ce système ne peut que se nourrir d’une exploitation toujours plus brutale du travail, du logement et de la nature et d’une répression toujours plus importante des contestations – en atteste la poursuite de l’Etat d’urgence.

Un code du travail alternatif

Enfin, la nouvelle loi travail vient parfaire des politiques de démantèlement des droits des salariés, menées méthodiquement par les gouvernements successifs. De façon plus générale, Emmanuel Macron s’inscrit dans la droite ligne des réformes néolibérales menées depuis trente ans.

Il faut pourtant lui reconnaître d’avoir su incarner le changement, pour une partie de la population en quête d’une autre politique, voire d’une autre société. Et c’est bien là un défi qui attend les mouvements sociaux : répondre à ces aspirations, pas seulement en contrant les décisions politiques les plus régressives, mais en portant des alternatives de vie.

« Libérer le travail », c’est ainsi faire en sorte que les entreprises ne soient pas uniquement aux mains des grands patrons et des actionnaires, que les décisions prises en leur sein soient bien davantage partagées par l’ensemble des employés, et que ceux-ci puissent s’émanciper dans un travail non subordonné, non subi. C’est montrer que de telles formes de travail ont déjà abouti dans le cadre de l’économie solidaire. C’est reconstruire un code du travail protégeant réellement les travailleurs, face au développement de l’ubérisation, de l’autoentrepreneuriat et des jobs précaires. Un code du travail alternatif sur lequel ont déjà planché une vingtaine de chercheurs spécialistes du droit du travail (Proposition de code du travail, sous la direction d’Emmanuel Dockès, Dalloz, 2017, 32 euros).


Par Jean-Baptiste Eyraud (porte-parole de Droit au logement), Willy Pelletier (coordinateur de la Fondation Copernic) et Aurélie Trouvé (porte-parole d’Attac).