Contre la sur-sélection pour entrer en fac : pourquoi je ferai grève le 1er février

Contre la sur-sélection pour entrer en fac : pourquoi je ferai grève le 1er février

Par Raphaelle Branche (historienne, université de Rouen)

Parce que je suis attachée à une démocratie qui fonctionne sur la séparation des pouvoirs et garantit qu’on ne commence pas à mettre en place un projet de loi quand il n’a pas encore été voté (et potentiellement amendé) par le Parlement. Le projet Orientation et Réussite des Etudiants (ORE) est dans ce cas : Parcoursup, la nouvelle plate-forme d’orientation qui succède à APB, ouvre alors même que la loi qui le fonde n’est qu’un projet.

Parce que je suis attachée au maintien d’un baccalauréat, premier grade universitaire, qui soit une évaluation nationale et anonyme, basée sur des apprentissages précis et identifiés, et non un contrôle continu dépendant des lycées et susceptible d’évaluations pondérées ensuite ; la réputation des lycées étant alors nécessairement prise en compte dans l’évaluation du diplôme sur le marché du travail comme pour la continuité des études.

Parce que je suis attachée à un service public d’enseignement supérieur de qualité que le projet de loi ORE met en danger, en proposant une méthode de sélection anxiogène, fondée sur des critères flous, sans donner plus de moyens réels ni aux étudiants et étudiantes les plus défavorisé.e.s pour accéder à l’université, ni aux universités pour faire face à l’accroissement des effectifs étudiants pourtant largement prévisibles du fait de la croissance démographique.

Parce que je suis attachée à une université pour tous qui soit un lieu de formation et d’ouverture de l’esprit et non un lieu qui sanctionne, dès leur entrée, les lycéens et les lycéennes les moins doté.e.s en capitaux sociaux et culturels. Parcours sup préconise que les enseignant.e.s du secondaire évaluent dans des « fiches avenir » l’aptitude de leurs élèves à pouvoir suivre les cycles universitaires, en évaluant non seulement leur niveau scolaire mais leurs aptitudes de manière plus générale ; ainsi, leur « esprit d’initiative »…

Parce que je suis attachée à une université qui considère la formation comme un processus dynamique de plusieurs années et admet notamment le principe de la compensation des UE les unes par les autres, considérant que les étudiant.e.s ne peuvent pas toujours acquérir dans la courte durée d’un seul semestre un niveau suffisant partout mais que les UE doivent pouvoir se compenser les unes les autres pour leur permettre d’avancer dans l’ensemble de leur formation. La mise en place d’une licence modulaire de 2 à 4 ans qui renforce l’individualisation des parcours pourra difficilement permettre le maintien de la compensation.

Le projet de loi va être présenté au Parlement et débattu pendant le mois de février. On demande pourtant déjà aux enseignant.e.s du secondaire et du supérieur de mettre en place Parcours sup et l’orientation des lycéennes et lycéens… On explique aux parents et aux élèves qu’il faut faire des vœux….
Parents, élèves et enseignant.e.s, n’est-il pas plutôt temps de réagir ?

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