Un projet cohérent et dangereux pour l’école

Un projet cohérent et dangereux pour l’école
Un ministre libéral assumé.
VENDREDI, 6 AVRIL, 2018 – L’HUMANITÉ

Par Axel Trani – Membre de la Fondation Copernic


La Fondation Copernic vient de sortir une note intitulée « Blanquer : un libéralisme autoritaire contre l’éducation », fruit d’un travail collectif associant universitaires et spécialistes de l’éducation et de la formation. Le contexte : le déferlement des contre-réformes dans l’éducation, comme ailleurs, accompagné d’un discours qui mêle appel au bon sens, à la tradition et à l’autorité d’une part, prétentions scientifiques d’autre part.

Tout cela en faisant l’impasse sur les suppressions massives d’emplois du temps de Sarkozy auxquelles Jean-Michel Blanquer a activement participé, et que le quinquennat Hollande n’a que partiellement compensées. Le premier objectif a été d’y voir clair dans les orientations du ministre : quelle est sa formation ? Où et comment a-t-il travaillé ? Quelles sont ses idées ? À quels cercles politiques, sociaux, culturels appartient-il ? Comment s’entoure-t-il ? Le diagnostic est sans appel : Blanquer est un libéral assumé. S’il a mis en place des politiques très ciblées en faveur d’un très petit nombre de jeunes d’origine populaire, c’est au prix de la marginalisation accrue des autres. Il s’appuie sur une utilisation réductrice et biaisée des sciences, notamment les neurosciences, pour s’en prendre à la liberté pédagogique des enseignants. Sa proximité avec les cercles patronaux, en particulier l’Institut Montaigne, fortement impliqué dans la campagne Macron et fondé par l’ancien patron d’Axa, est notoire.

La note le montre : de nombreuses questions interrogent et mettent en cause le fonctionnement de notre école : les discriminations d’abord – qu’elles visent le genre, les milieux populaires, les immigrés ou les handicapés ; l’incapacité à mettre en place un tronc commun jusqu’à la fin du secondaire alors que les défis contemporains (explosion de savoirs, transformation des emplois, mutation écologique, mutation numérique, urbanisation, mouvements de population) l’exigent pour former des êtres humains, des travailleurs et des citoyens capables de les relever ; la nécessité d’adopter des méthodes et des programmes rigoureux pour former des esprits émancipés de toutes tentatives d’instrumentalisation, dont le « roman national » en histoire est une manifestation. Sur toutes ces questions, le ministre ne propose rien ou très peu, voire fait machine arrière. Il est, en revanche, très présent sur le front des « réformes ». Le bac devient un diplôme maison et prive les jeunes d’une garantie nationale. Ils seront renvoyés à leur lieu d’étude et de résidence – Saint-Denis n’est pas Louis-le-Grand. Quant à la voie professionnelle, le tapis rouge est déroulé à l’apprentissage contre l’enseignement professionnel public. Et l’apprentissage, c’est un recrutement plus sélectif : moins de filles, moins de personnes d’origine immigrée, des contrats précaires et souvent rompus, une formation générale moins importante. Derrière cela, une logique globale : la fin des diplômes nationaux, dont la logique est la reconnaissance d’une qualification, au profit de titres professionnels étroitement assujettis aux besoins à court terme des employeurs.

Apprentis, lycéens, enseignants, parents, ne laissons pas faire !


Par Axel Trani – Membre de la Fondation Copernic