Les hommes sont-ils des femmes politiques comme les autres ?

Par Mathilde Larrère, historienne, publié dans Libération / D’aucun (d’aucune aussi) tiqueront à la question : il serait plus logique de se demander si les femmes sont des hommes politiques comme les autres…. En effet, ce type de question interroge le rapport (du premier terme) à la norme (le second). Ici donc, la « femme politique » devient la norme, et voilà qui surprend. Parce que de facto… ce n’est pas la norme… Ce n’est pas la norme historiquement (rappelons que les femmes ne votent et ne peuvent être élues que depuis 1945).

Ce n’est pas la norme numériquement, la parité ayant certes corrigé les inégalités, mais elles reviennent implacablement se loger au sommet : si aujourd’hui 40,3 % des conseillers municipaux sont des conseillères, seuls 16% des maires sont des femmes… Mais surtout ce n’est pas la norme dans les pratiques, les ethos, les décors, les regards portés sur le politique. Combien d’hommes politiques voient-ils la coupe de leur costume faire l’objet de commentaires dans les journaux ? Auquel demande-t-on si ce n’est pas trop dur avec les enfants ? Evitent-ils la salle de gym de l’Assemblée par crainte des gestes déplacés ? Leur fait on sentir qu’ils ne sont là que pour le quota ?

L’homme politique sait qu’il est à sa place. Les micros sont calés sur sa voix, les galeries de portraits accrochés à l’entrée des lieux de pouvoirs lui rappellent le temps où il n’y avait que des hommes, c’est lui naturellement qu’on appelle pour le 20 heures… où il dépêchera une collègue si le sujet abordé lui semble secondaire ou potentiellement dangereux. Les femmes ont mis le pied dans la porte, mais les hommes restent au centre de la pièce.