La pauvreté flambe et le gouvernement détourne le regard

Par Didier Gélot. L’Insee publie annuellement le taux de pauvreté en France ainsi que les principaux indicateurs d’inégalités de  niveau de vie avec, pour des raisons de disponibilités des données, un retard de deux ans. Concrètement nous aurons ces indicateurs pour l’année 2018 en septembre 2020. C’est pourquoi, afin de disposer plus rapidement d’une information permettant au gouvernement de modifier (si nécessaire) sa politique en matière de lutte contre les exclusions et les inégalités, l’Institut publie en septembre de l’année N+1 des indicateurs « avancés » pour l’année N permettant ainsi de préfigurer une tendance.

Que nous disent les indicateurs avancés qui viennent d’être publiés ? En 2018, l’indicateur de Gini (qui mesure les différences de revenus), montre que l’indicateur d’inégalités augmenterait significativement pour s’établir à 0,294, soit la plus forte hausse depuis 2010. Comme l’indique l’INSEE, si l’on compare «la masse des niveaux de vie détenue par les 20% de personnes les plus aisées et celle détenue par les 20% les plus modestes», on constate que l’écart se creuse en faveur des plus aisés. Cette augmentation des inégalités s’expliquerait principalement par la très forte hausse de certains revenus du capital (les dividendes distribués aux actionnaires) concentrés dans le haut de la distribution. Elle découle directement de la mise en place du prélèvement forfaitaire unique (PFU) qui permet d’abaisser la fiscalité des plus hauts revenus du patrimoine. Mais la hausse des inégalités auraient été plus importantes encore si l’INSEE avait pu intégrer dans ses calculs la suppression de l’ISF qui, pour des raisons de disponilbité des données, n’entre pas ici en ligne de compte.

Il en est de même pour la pauvreté qui progresse … mais de manière encore plus accentuée. En effet le taux de pauvreté ainsi mesuré passe de 14,1 % de la population en 2017 à 14,7 % en 2018 ce qui correspond à 9,3 millions de personnes (voir graphique ci-dessous). Si ce taux devait se confirmer[1] il s’agirait du niveau de pauvreté le plus élevé depuis 1990 et de la plus forte hausse annuelle jamais enregistrée depuis cette date (+ 0,6 points) !

La politique économique et fiscale menée par Emmanuel Macron porte malheureusement bien ses fruits : les plus riches s’enrichissent et les plus pauvres s’appauvrissent. Il faut dire que la mise en place de la « Flat taxe » (aussi appelée PFU) qui plafonne le taux d’imposition du capital à un maximum de 30 %, ainsi que l’augmentation des dividendes perçus par les plus riches, ont fait que les plus fortunés ont gagné sur les deux tableaux : plus de revenus et moins d’impôts ! De l’autre coté de la distribution des revenus la baisse des APL pour les locataires des logements HLM conjuguée à la politique de précarisation des emplois et à la chasse aux soit disant « faux chômeurs » illustre clairement la politique anti-sociale du président des riches.

Et que fait le gouvernement face à un tel constat ? On aurait aimé qu’il s’attelle à revoir de fond en comble une politique qui n’aboutie qu’à plus de misère et davantage d’exclusion ? Et bien non ! Au lieu de cela il vient d’annoncer qu’il supprimait le seul observatoire national indépendant dont les missions étaient justement de rendre compte de l’évolution de la pauvreté et de l’exclusion sociale et de permettre d’en comprendre les causes. En supprimant l’ONPES sous le fallacieux prétexte de faire des économies il décide, comme le déplore un collectif de chercheurs et d’associations dans une tribune publiée le 22 octobre dernier dans Libération, de « casser le thermomètre pour ne plus voir le malade ». Pire, le gouvernement envisage de procéder à cette suppression en catimini par la voie de décret en utilisant une procédure dite de « déclassement » qui lui permettrait de supprimer un texte de loi (l’ONPES a été créé il y a 20 ans par la principale loi de lutte contre les exclusions) sans repasser devant le Parlement ! Comme le titrait l’Humanité du 23 novembre en reprenant la tribune parue la veille dans Libération : « Ils n’ont pas honte !»

Non ils n’ont vraiment pas honte ! Tout leur est bon pour préserver et amplifier les privilèges des possédants et des plus riches. C’est pourquoi il est grandement temps d’opposer à cette politique des copains et des coquins d’autres mesures qui prennent enfin en compte le bien commun. C’est en partie à cette tâche que s’est attelée la dernière Note de la Fondation Copernic qui se propose de donner les pistes pour un plafonnement des revenus et des patrimoines pour qu’enfin il soit possible à tous de vivre une vie digne et participer pleinement à la vie sociale.

 

[1] Malgré les aléas, l’Insee dispose aujourd’hui d’une méthode d’estimation de plus en plus robuste qui se traduit annuellement depuis 2015 (date de sa mise en place) par une modification à la marge du taux de pauvreté avancé lors de la publication des données consolidées.