Cluster à tous les étages. Blanquer nous contamine

Tribune parue dans L’Humanité, 9 octobre 2020 / L’école et l’université sont aujourd’hui les principaux foyers de propagation du coronavirus en France. Partout dans les métropoles à forte population de jeunes scolarisé.es, les chiffres de l’épidémie explosent. À Rennes Métropole, par exemple, le 26 septembre, le taux d’incidence du Covid-19 atteint 421 pour 100 000 jeunes (16-25 ans), soit un taux plus de 8 fois supérieur au seuil d’alerte. Selon Santé publique France, 35,9 % des 1 001 clusters en cours d’investigation sont survenus en milieux scolaire et universitaire (données du 1er octobre). À Paris, ce même ratio grimpe à 75 % ! « La faute aux jeunes qui se contaminent en dehors de l’école », répète le gouvernement pour mieux se défausser de sa propre responsabilité. Et celle-ci est accablante car la gestion de la crise sanitaire par Jean-Michel Blanquer multiplie les clusters dans les établissements scolaires.

À la rentrée rien n’avait été anticipé. L’improvisation du ministre de l’Éducation nationale fut patente avec la publication d’un protocole allégé seulement quatre jours avant l’arrivée des élèves en classe. « Tout est prêt », assurait Blanquer sur les plateaux de télévision. « Tout », c’est-à-dire rien du tout. Ni les recrutements de personnels enseignants permettant de faire face à la pénurie de remplaçant.e.s et à la dégradation brutale des conditions d’apprentissage engendrée par la nouvelle vague épidémique. Ni ceux nécessaires pour réparer les dommages scolaires et psychologiques provoqués par deux mois de confinement, notamment pour les élèves les plus fragiles. Ni les recrutements d’agents d’entretien trop peu nombreux pour pouvoir garantir la désinfection régulière des bâtiments. Ni les ouvertures de locaux indispensables pour réduire les effectifs des classes surchargées où la distanciation physique est impossible. Ni les aménagements de la restauration scolaire absolument décisifs pour empêcher qu’à chaque déjeuner, cantines, réfectoires et selfs surpeuplés se fassent foyers de contamination. Ni la gratuité des masques sans laquelle la protection contre l’infection par aérosolisation devient vite douteuse. Ni l’accès systématique au gel hydroalcoolique et aux lingettes désinfectantes dans chaque salle de cours, dans chaque sanitaire, auprès de chaque ordinateur, de chaque imprimante, de chaque paillasse. Ni la réorganisation des groupes de spécialité promus par la réforme Blanquer dans les lycées généraux où s’entassent dangereusement des élèves issus de multiples classes différentes.

La seconde vague épidémique qui déferle dans les facultés balaie aussi les écoles, les collèges, les lycées. Rien n’est prêt pour la contenir. Rien n’est fait pour garantir la sécurité sanitaire des élèves et donc celle de leurs familles. Rien n’est fait pour préserver pleinement la santé des salarié.e.s de l’éducation nationale et donc celle de leurs proches. Pire, loin de faire retomber la fièvre, Blanquer a cassé le thermomètre le 22 septembre dernier en allégeant plus encore les protocoles dans les écoles. Ainsi, l’épidémie se généralise mais les fermetures de classes se font rares car les cas avérés ne sont plus considérés comme porteurs de risque. Dans le même temps, consigne est donnée aux chefs d’établissement pour affirmer que tout est sous contrôle. Officiellement, faire comme si le coronavirus s’arrêtait aux portes des collèges et des lycées. Passer sous silence la progression des cas de contamination dans chaque établissement. Mentir par omission pour masquer l’impréparation de la crise sanitaire par le ministre et accréditer ses mensonges répétés.

Cette incurie ministérielle est directement liée à la contradiction majeure qui structure la politique conduite dans l’éducation : n’accorder aucun moyen supplémentaire à l’école en pleine crise sanitaire tout en exigeant que l’éducation nationale préserve coûte que coûte les intérêts des (grandes) entreprises en permettant aux parents-salariés de continuer à travailler. De cette contradiction majeure dérivent mille incohérences sur le terrain. Ici on interdit tout rassemblement de plus de 10 personnes dans une zone et on autorise l’entassement dans une salle de classe exiguë de plusieurs dizaines de personnes toute la journée. Là on interdit tout rassemblement temporaire de plus de 1 000 personnes alors que quotidiennement des centaines de lycées rassemblent beaucoup plus d’élèves et de salarié.e.s. Ailleurs on ferme bars et restaurants mais on ne touche pas à l’organisation pathogène de la restauration scolaire. Partout dans l’espace public on exige le port du masque mais on dénie les risques pris par les professeur.e.s des écoles qui travaillent au quotidien dans leur classe avec des enfants non masqués.

Un chiffre dit bien le désintérêt du ministre Blanquer pour la santé des personnels : on compte à ce jour 86 médecins de prévention – moins en « équivalent temps plein » – pour plus d’un million d’agents dans l’éducation nationale ! Comment accepter qu’en pleine crise sanitaire rien de concret ne soit fait pour pallier la quasi-absence de médecine du travail dans l’éducation ? La loi fait obligation d’avoir un médecin pour 2 500 salarié.es. Dans l’éducation nationale, il y en a un pour 16 000. Comment un ministre peut-il ainsi bafouer les réglementations qui protègent la santé au travail ? Ces carences valent aussi pour la médecine scolaire en charge des jeunes scolarisé.es : en Seine-Saint-Denis par exemple, on compte un médecin scolaire pour 12 000 élèves.

Santé publique France souligne que le port du masque assorti d’une distance physique d’au moins un mètre est obligatoire en milieu clos : ce n’est pas respecté en lycée, en collège, à l’université. Le ministère s’en lave les mains. Vont venir des mobilisations d’enseignant.e.s, qui peuvent à bon droit exercer leur droit de retrait. Les tribunaux diront, dans un avenir proche, si ces manquements multiples constituent une mise en danger de la vie d’autrui. Alors oui : par sa politique, Jean-Michel Blanquer accélère la propagation de l’épidémie depuis son ministère et menace la santé des personnes. Alors oui : notre intérêt commun d’élèves, de parents d’élèves, de salarié.es de l’éducation et celui de nos proches sont de stopper ensemble la contamination Blanquer qui ruine le moral et maltraite la santé dans l’éducation nationale.

Les premier.es signataires :

Monique Abellard (professeure de sciences économiques et sociales)

Bruno Ambroise (philosophe)

Emmanuel Arvois (professeur en lycée professionnel)

Lorenzo Barrault-Stella (sociologue)

Pauline Belin (professeur de lettres classiques)

Charles Berhault (professeur de sciences économiques et sociales)

Pascal Binet (professeur de sciences économiques et sociales)

Hervé Bismuth (littérature française)

Marianne Blanchard (sociologue)

Philippe Blanchet (sociolinguiste)

Thomas Boggio (professeur d’histoire-géographie)

Rebecca Bolidum (professeure de lettres)

Vincent Bollenot (professeur d’histoire-géographie)

Antonin Boniface (professeur des écoles)

Etienne Bonnin (professeur de philosophie)

Florence Bourgne (angliciste médiéviste)

Samuel Bouron (sociologue)

Philippe Boursier (professeur de sciences économiques et sociales)

Jean-Philippe Briand (professeur des écoles)

Emeline Brouard (professeure des Ecoles)

Ivan Bruneau (sociologue)

Pascal Buresi (directeur de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman)

Céline Cael (professeure de sciences économiques et sociales)

René Carnet (professeur de sciences économiques et sociales)

Philippe Chaillan (professeur de lettres)

Camille Chamois (professeur de philosophie)

Isabelle Chapelliere (professeure de Sciences économiques et sociales)

Léo Charles (économiste)

Guillaume Coqui (philosophe)

Clément Cordier (professeur de sciences économiques et sociales)

Aurélie Croz (professeure de lettres)

Manuela Curopatva (Conseillère Principale d’Éducation)

Olivier Cuzon (professeur de physique-chimie)

Clara Da Silva (professeure de philosophie)

Corinne Davault (sociologue)

Anne-Sophie Decroes (professeure de sciences économiques et sociales)

Pierre Descotes (latiniste)

Olivia D’Ovidio (professeure de sciences économique et sociales)

Raphaël Dubreux (professeur de sciences économiques et sociales)

Sophie Duclos (professeure de lettres)

François-Xavier Dudouet (sociologue)

Corinne Dumoulard (Conseillère Principale d’Education)

Martine Dupuis (professeure de sciences économiques et sociales)

Eleonora Elguezabal (sociologue)

Elouan Emeraud (professeur de mathématiques)

Jules Falquet (sociologue)

Pascale Fautrier (écrivain)

Yann Fiévet (professeur de sciences économiques et sociales)

Marianne Fishman (professeure de sciences économiques et sociales)

Ewen Forget (professeur de mathématique)

Nathalie Frigul (sociologue)

Leïla Frouillou (sociologue)

Afrânio Garcia Jr. (anthropologue)

Nadia Garnoussi (sociologue)

Isabelle Garo (professeure de philosophie)

Franck Gaudichaud (politiste)

Anthony Geffraud (professeur de sciences économiques et sociales)

Stéphane Girier (professeur de mathématique)

Fabien Granjon (sociologue)

Delphine Grenez (professeure d’Histoire-Géographie)

Soraya Guenifi (angliciste)

Elie Guéraud (sociologue)

Sylvain Gugger (professeur de sciences économiques et sociales)

Alain Hayot (sociologue)

Camille Herlin-Giret (sociologue)

Albert Jacguenaud (professeur de sciences économiques et sociales)

Lionel Jacquot (sociologue)

Chantal Jaquet (philosophe)

Nicolas Jaoul (anthropologue)

Samy Johsua (sciences de l’Education)

Nicolas Kaciaf (politiste)

Jean-Louis Kotula (professeur de Sciences économiques et sociales)

Rose-Marie Lagrave (sociologue)

Francis Lebon (sociologue)

Catherine Leclercq (sociologue)

Henri Le Gal (professeur de sciences de la vie et de la terre)

Emeric Lendjel (économiste)

Daphné Le Roux (professeure de philosophie)

Benoît Leroux (sociologue)

Emmanuel de Lescure (philosophe)

Kevin Le Tétour (chargé d’accompagnement handicap à l’université)

Clémence Longchal (professeure de sciences économiques et sociales)

François Lopez (professeur lettres-histoire au lycée professionnel)

Claude Martin (professeur des Écoles)

Pascal Maillard (littérature contemporaine)

Elodie Mandin (professeure de lettres)

Jérôme Martin (professeur d’histoire-géographie)

Philippe Martinais (professeur d’histoire-géographie)

Diane Massone (professeure de lettres)

Samia Matboua (professeure de sciences économiques et sociales)

Gérard Mauger (sociologue)

Bruno Mercat (professeur sciences de la vie et de la terre)

Christophe Mileschi (professeur de littérature italienne)

Jean-Louis Mollard (professeur de Lettres )

Jean-Marie Monnier (économiste)

Lucile Mons (professeure de philosophie)

Gérard Moreau (secrétaire général d’Académie honoraire)

Julie Morisset (professeure de philosophie)

Cédric Morzelle (professeur de Sciences économiques et sociales)

Corinne Nativel (angliciste)

Alexandre Painblanc (assistant d’éducation)

Ugo Palheta (sociologue)

Stéphane Pauvert (professeur d’espagnol)

Willy Pelletier (sociologue)

Irene Pereira (philosophe)

Lydie Perrin (professeure de sciences économiques et sociales)

Leïla Petit (enseignante spécialisée handicap)

Roland Pfefferkorn (sociologue)

David Pijoan (professeur de mathématiques)

Hélène Pignot (angliciste)

Louis Pinto (sociologue)

Vanessa Pinto (sociologue)

Fabienne Portanguen (professeure d’histoire-géographie)

Raphael Porteilla (politiste)

Emmanuelle Posse (professeure de philosophie)

Geneviève Pruvost (sociologue)

Romain Pudal (sociologue)

Emmanuelle Puissant (économiste)

Syndie San Geroteo (directrice d’Ecole)

Suzanne Sellerte (professeure de sciences économiques et sociales)

Maud Simonet (sociologue)

David Rapey (professeur d’EPS)

Jean Robelin (professeur de philosophie)

Nicolas Roinsard (sociologue)

Olivier Roueff (sociologue)

Jean-Loup Rougery (professeur de sciences économiques et sociales)

Régis Roussillon (professeur de sciences économiques et sociales)

Evelyne Roux (professeure de Lettres)

Mickaël Emile Rouyar (professeur de sciences économiques et sociales)

Arnaud Saint-Martin (sociologue)

Yves Sintomer (politiste)

Mariana Stelko (sociologue)

Isabelle Sommier (sociologue)

Romain Telliez (historien)

Martin Thibault (sociologue)

Laurent Thines (neurochirurgien)

Emmanuelle Virot (professeure d’espagnol)

Clarisse Zhang Wei (professeure des Ecoles)