Au-delà de la sidération

Communiqué de la Fondation Copernic / Un fanatisme religieux, criminel et atroce a encore frappé, dont il faut tenter d’expliquer les ressorts sans lui chercher d’excuses. De toutes nos forces nous devons à la fois le condamner, le combattre et comprendre les mécanismes qui le font naître et le terreau qui le favorise.
Or, au-delà de l’indignation nécessaire, certains tentent, à la faveur de l’effroi de toutes et tous, de désigner un bouc émissaire, les musulmans.
En tant que citoyennes et citoyens, nous pouvons critiquer tel ou tel aspect des religions chrétienne, juive ou musulmane, ou même considérer, si l’on est athée, que toute religion est obscurantiste. Nous devons même, en tant que citoyens, combattre le fondamentalisme religieux. La puissance publique quant à elle doit être garante de la liberté de conscience et de la possibilité pour chacune et chacun de faire valoir ses opinions, à la condition de ne pas violer la loi.
À l’inverse, le fanatisme atteint ses objectifs lorsque l’État de droit est menacé par les gesticulations ministérielles, par les violations des libertés fondamentales, par le traitement différencié d’une religion et par les clivages qu’il induit. De ce point de vue, vouloir dissoudre des associations tant qu’aucun des motifs prévus par la loi – provocation à la discrimination, à la haine ou la violence,ou agissements en vue de provoquer des actes de terrorisme, etc. – n’est démontré relève d’une remise en cause des droits fondamentaux.
Ces manœuvres, qui alimentent un cycle mortifère, renforcent les idées de l’extrême droite. Nous devons tout faire pour stopper cette spirale, qui est le pire hommage à apporter à un professeur, mort pour avoir voulu enseigner la liberté d’expression.
La réponse adéquate, c’est, au-delà de notre émotion, le langage de la raison, de l’explication plutôt que de la diabolisation et l’application à toutes et tous des règles qui permettent déjà de sanctionner non seulement les actes délictueux, mais les déclarations qui les encouragent.
Dans une société où la concurrence entre individus est promue comme valeur suprême, où certains cherchent dans la religion un sens global à la vie, il faut faire vivre un autre imaginaire social. C’est en promouvant des valeurs de solidarité, d’égalité et de justice sociale, en combattant toutes les discriminations, par l’éducation quotidienne à l’égalité entre les femmes et les hommes, que sera asséché le terreau de l’intégrisme et que ses adeptes seront marginalisés.

La Fondation Copernic, le 20 octobre 2020