Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire sur le travail ?

Paru dans L’Humanité, 25 janvier 2021, par Willy Pelletier /  Les jours d’après seront pires que les jours d’avant. La séquence Covid expose la vérité du mépris, du mensonge et de l’exploitation.

Le mépris pas juste pour les soignants (énormément de femmes), applaudis comme les martyrs étaient acclamés, durant l’antiquité, dans les arènes à Rome ; ces soignants qui alertent depuis longtemps sur leurs conditions de travail lamentables dans des hôpitaux soumis aux règles de rentabilité privée, et matraqués, cognés, quand ils manifestent pour le dire et ainsi nous sauver. Le mépris aussi, pour tous ces invisibles car invisibilisés : ces ouvriers, ces employés, ces agents d’entretien (beaucoup de femmes), ces aide-soignante en Ehpad, toutes ces vendeuses ; toutes et tous contraints d’aller bosser, au bon plaisir des patrons, sans évaluation publique de la sécurité sanitaire des sites de travail. Payés que dalle, pas revalorisés, engueulés, menacés, s’ils protestent. Obligés d’obéir aux chefs de service ou d’entreprise plus qu’avant, car silence dans les rangs, tous unis, disciplinés, dociles, c’est la crise sanitaire ! Pour ceux que les hiérarchies avantagent, quel meilleur prétexte que l’urgence sanitaire, pour mettre au pas quiconque remue et le monde du travail.

Anne Bory l’indique : ce sont d’abord les femmes « qui se salissent les mains pour les autres, au sens propre et au sens figuré » et qui aujourd’hui sont « nombreuses à être exposées au Covid-19, pour que d’autres ne le soient pas ou guérissent…d’autant que leurs conditions de travail sont parmi les plus touchées par les politiques » libérales « menées dans le secteur sanitaire et social. »

Le fric n’a cessé de couler à flots durant le Covid. Les plus riches se sont enrichis. Aux banquiers, aux assureurs, aucun « effort » n’a été demandé. Les impôts sur l’extrême richesse ne furent pas réévalués.

Aux salariés n’est donné que la menace accrue du chômage. Lequel bousille déjà des milliers d’étudiants pauvres, assujettis aux boulots merdiques pour financer leurs études. Pour eux, aucune aide réelle.

Sur le très court terme, et c’est amorcé, les entreprises, pour garder leurs profits, licencieront à tour de bras. C’est une bombe atomique sur toute espèce de revendications venues des salariés. Sous le risque d’être licencié, qui va réclamer d’être augmenté (alors qu’il le faut !). Qui va réclamer de stopper l’intensification croissante des charges de travail ? Qui va lutter contre les maladies professionnelles qu’engendre la surexploitation ? Qui s’en prendra aux DRH ou aux patrons qui se croient tout permis. Et ils n’ont pas tort car l’Inspection du travail est empêchée d’agir et le Code du travail a été réformé pour eux.

Le Covid avive les peurs, les replis sur soi, les « chacun seul ». De sorte qu’explosent davantage les collectifs de travail. Ce qui empêche qu’entre salariés se forge l’intérêt commun qui, hier, faisait voir le collègue, les jeunes, les travailleurs immigrés, comme des semblables. Les « décideurs » restent invisibles. Si bien qu’au travail, où individuellement chacun se sent en insécurité, les plus proches apparaissent comme des rivaux (pour les emplois du temps, les primes, d’éventuelles promotions à terme…).

C’est infiniment grave. Car la fabrication d’un intérêt commun issu de l’opposition entre travail et actionnaires, est à l’origine de la conscience de classe, qui fonde de se sentir « de gauche ». Une raison de plus pour que toutes et tous résistions ensemble. Car, désormais, est menacé la possibilité même d’une gauche.