Nous voulons respects et réparations sociales

Tribune L’Humanité, de Willy Pelletier, juin 2021 /  Ils s’unissent et obligent aux basculements. Ils sont black, latinos, asiatiques, métis, il y a des Blancs aussi, beaucoup. Ils sont d’âge tendre ou bien âgés, ils, elles sont homos, hétéros, ouvriers, employés, étudiants, artistes, cadres. Ils, elles sont ce mouvement contre les violences policières mais qui va au-delà. Ils et elles forment les Black Lives Matter. Leur slogan : « Respects, repairs ! » (« respects et réparations ! »).

Nous si différents, nous trop séparés, nous mis en concurrence au travail ou pour en avoir un, nous pressurés par les actionnaires, les DRH et leurs chiens de garde, nous méprisés, appauvris, surveillés, isolés dans des souffrances que l’on croit « perso », nous qui n’en pouvons plus avons besoin ensemble de ces exigences qui sont idées-forces, des idées qui donnent des forces : respects et réparations sociales, maintenant !

Du respect pour Luc, ouvrier d’usine en trois-huit, et tous ceux comme lui mal payés, rendus invisibles, mal logés qui risquent d’être licenciés et qui ont subi le Covid-19 car, en usine, longtemps il n’y a eu aucune protection. Du respect pour Amina, infirmière, ­matraquée lors d’une manifestation qui réclamait des moyens pour l’hôpital public, elle qui sauve des vies, épuisée, en stress total et perpétuel. Du respect pour Sophie, étudiante, obligée de travailler pour financer ses études, après les cours, les week-ends, les vacances, avec la fatigue qui t’abat. Du respect pour Sylvie et Claude, retraités, employée et ouvrier, dont la pension, pourtant faible, a baissé sous Macron. Du respect pour Carmen, caissière, affrontée aux surveillances croisées des managers, de ses collègues, des clients, et qui lève des tonnes de marchandises chaque jour.

Toi qui lis ces lignes, et moi-même ne sommes ni Luc, ni Sophie, ni Amina, ni Sylvie, ni Carmen ? Au contraire, nous sommes comme elles, comme eux exactement, méprisés et sans droits, avec nos vies au travail mais sans pouvoir sur notre travail, volés par les actionnaires ou par les banquiers des fruits de notre travail, licenciés parfois avec des indemnités réduites comme peau de chagrin, et les jeunes sont interdits de promotion sociale dans l’école de Blanquer qui les enferme dans un avenir volé.

Nous sommes aussi Radouan, contrôlé au faciès sans cesse et maltraité s’il proteste, discriminé à l’embauche ou pour obtenir un logement. Quand nous protestons, nous, en manif, alors c’est festival : nasse, LBD, ­matraques, violences policières.

Le temps est venu d’imposer respects et réparations sociales. Ils doivent maintenant réparer, ceux du monde clos qui profitent, quand nous, nous travaillons à corps perdu. Ils nous doivent réparations et respects : l’augmentation des salaires, des impôts sur leurs fortunes et dividendes qui ne connaissent jamais la crise, au contraire, remettre des protections et des services publics partout, interdire les licenciements aux entreprises qui font des profits, réorganiser l’école et l’entreprise, avec de nouveaux droits pour tous les salariés, et des libertés publiques élargies.

Nous savons que ces réparations ne viendront pas sans les imposer. Nous savons que la liste est longue. Elle est à dresser en commun, en chiffrant ces réparations. Nous avons besoin d’un dispositif pour le faire : des conférences citoyennes qui nous unissent, autour des exigences de respects et de réparations. À la rentrée, il faudra ces conférences citoyennes, car subir, maintenant ça suffit.