Pour des Ateliers indociles

 Par Philippe Boursier et Willy Pelletier

« L’avenir d’une acquisition est imprévisible. »
Annie Ernaux, Mémoire de fille, Paris, Gallimard, 2016

Ce livre ne s’adresse pas aux ravis. Aucune foi n’y est épargnée. Les croyances sont « prises comme des choses », dont sont restituées les causes sociales, fidèlement aux préceptes d’Émile Durkheim. Les « fois » et les catéchismes, les vérités et les « charmes » des vainqueurs sont rapportés à l’histoire des croyants qui les imposent. Ce livre est « déprise », crépuscule des idoles. Il ne s’enchante pas des winners, ne se prosterne pas. Il n’aménage pas les conditions intellectuelles de leur reproduction. Sont dits les dégâts monstrueux de la mondialisation capitaliste. Sont exposés les profits et brutalités, les collusions et les docilités, qui ravagent les vies, appauvrissent les peuples, détruisent les espèces, découragent ou criminalisent les critiques. Les mécanismes d’accumulations des capitaux de toutes espèces, et leurs conjugaisons, sont expliqués par le menu.

Ce livre montre les violences (matérielles et symboliques) qu’endurent les dépossédés, qui de surcroît sont stigmatisés, insultés, rabaissés, méprisés : salariés accusés de coûter trop, chômeurs rendus coupables d’être privés d’emploi, femmes qui n’acceptent plus la domination masculine, LGBT qui enfin sortent « du placard », racisés qui revendiquent leur considération, et, nous tous, les « pas canons », qui ne sacrifions pas aux diktats artificiels d’une beauté fabriquée par les publicitaires.

Les plus installés, les « consacrés », ne pardonneront pas à ce livre d’expliquer par quels enchaînements, aujourd’hui, la démocratie n’est pas démocratique.

Ils ne lui pardonneront pas, surtout, l’essentiel : qu’avec méthode et la rigueur des sciences sociales il montre aux puissants à quel point ni l’économie, ni l’histoire, ni la sociologie, ni l’ethnologie, ne justifient comme « naturelles » les hiérarchies dont ils s’autorisent. Celles qu’ils travaillent à imposer, et dont ils ordonnent la célébration. D’ailleurs, raconter simplement ce travail qu’ils déploient, mal assurés, leurs concurrences, leurs liaisons et leurs porte-à-faux, désenchante. Jamais ne sera excusé que soit révélée la structuration des relations sociales d’où ils tirent leurs positions, leurs satisfactions, leurs indifférences, leurs certitudes. L’opération signale en effet que les dominants ne se maîtrisent pas. Qu’ils sont dominés par leurs dominations ; qu’ils sont les produits presque interchangeables des champs d’où ils proviennent, et qu’analysait Pierre Bourdieu. Et que leurs « grandeurs » ne valent pas par elles-mêmes : elles ne tiennent qu’autant que résistent les opérations de grandissement qui les conservent.

Les dominants ne sont pas, dans ce livre, représentés « en majesté » (chefs, créateurs de richesses, charismes). Ils sont défaits de parures. Et montrés « tout imprimés d’histoire[1] ». Or, ce que l’histoire a fait, l’histoire le détruira.

Mais concédons-leur une certaine clairvoyance. Assurément, les dominants de toutes espèces ne se trompent pas, lorsqu’ils redoutent, refusent, censurent, les sciences sociales. Car, partout, elles les renvoient à leurs limites. La sociologie l’atteste : celles et ceux qu’ils croient contrôler, de tant de façons discrètes, sans cesse leur échappent. La science politique l’indique : les « institutions » n’obéissent pas aux injonctions « d’en haut », mais les retraduisent, selon leurs histoires, leurs compositions, les transactions qu’elles affrontent ; et les électeurs n’entendent plus qu’on les « fasse voter » puis se taire.

Bénis soient nos censeurs. Ceux qui, en tous lieux, petitement conjuguent leurs peines pour entraver la fabrication des sciences sociales et leur constitutive dimension critique. Bénis aussi, ceux qui empêchent leur diffusion (à l’école notamment) ou les caricaturent. Effet non voulu : ils ont précipité la coalition de ceux qui n’ont pas vocation à se taire ou à ne plus réaliser leurs métiers.

Ce livre, peut-être, aura valu sa peine si l’on en sort, au sens fort de l’expression balzacienne, « désabusé sur les grandeurs sociales[2] ».

Il est lourd de savoirs résistants. Ce n’est qu’un abrégé, un avant-propos. Il mérite mille pages supplémentaires, tant foisonnent les résultats d’enquêtes disponibles (historiques, sociologiques, économiques) qui défatalisent l’actuellement probable. Ces milles pages viendront. Cent mille pages sont déjà là pour continuer à questionner. Mais les plus beaux des paragraphes d’histoire sociale sont à composer en commun, dans des ateliers neufs, dissidents.

Composer en communautés

Car ce manuel est un appel aussi, pour qu’en des Ateliers indociles le savoir résistant présenté ici soit discuté et enrichi des expériences de celles et ceux qui vivent les inégalités ; les discriminations redoublées ; les arbitraires subis ; les positions intenables et leurs urgences. Des Ateliers indociles, montés en tous lieux, à Vesoul, Noyon, Dunkerque, Niort, Longwy… dans les endroits méprisés par les media addicts, les salles municipales, les entreprises, les centres sociaux, les locaux syndicaux, les ronds-points. Afin qu’un maximum de personnes, sans barrières scolaires, ni intermédiaires, ni filtres, puissent connaître, débattre, les résultats critiques des sciences sociales, et par bribes s’en saisir comme autant d’outils, suivant leurs besoins. En des rencontres qui ne reproduisent pas les rapports entre enseignants et enseignés, avec « défense de toucher » aux paroles d’autorité.

Un spectre, en effet, hante l’éducation populaire : le spectre de l’instituteur. Son titre dit le rôle qui lui fut longtemps assigné : instituteur, tuteur et légitimité d’institution, autorisé à distribuer des leçons commandées, fortes de tout l’empire des institutions. De l’instituteur des masses, nous ne voulons plus. Les paroles d’autorité, les leçons même dites pour « outiller le peuple », n’ont jamais émancipé quiconque.

La sociologie doit, en effet, prendre également pour objet les « bonnes intentions », le « dévouement » ou le « désintéressement » des intellectuels. Que dit alors la sociologie ? D’abord, que tant d’intellectuels qui vont au peuple, dans les leçons qu’ils distribuent, ne font en fait que continuer, hors des institutions académiques, leurs propres luttes internes au champ académique, les combats qui les opposent à leurs pairs. Les intellectuels, s’adressant au « peuple », « se battent ailleurs, pour d’autres enjeux, contre d’autres adversaires », « leur champ de bataille, c’est le champ intellectuel[3] », souligne Claude Grignon. Ils font leur numéro puis repartent dans leurs laboratoires, les salles de cours, dans des conforts, des soucis, un entre soi qui n’a rien de commun avec ce que les salariés endurent. Ils s’en vont remplis de bonne conscience, rassasiés d’enchantement d’eux-mêmes. Mais, objectivement, la situation des salariés qui sortent des conférences ne change pas. Elle ne changera guère par la seule vertu des paroles entendues. Cependant que l’intellectuel, une fois revenu dans son monde, dans le champ académique, utilisant ses escapades en dehors, pourra se faire valoir d’une forme de dissidence qui le grandit, le console, l’héroïse à peu de frais. Il saura même, peut-être, contourner tel argument savant, en se référant au « peuple » qu’il approcha un court instant ; même s’il demeure d’ordinaire tellement distant des salariés anonymes, dans son existence quotidienne, ses relations, l’espace de ses préoccupations.

Souvent, les dispositifs où les intellectuels vont au peuple reproduisent la domination symbolique que ces intellectuels prétendent contester ou même contrarier. Dans les universités populaires, il y a ceux qui ont le droit de dire, joue leur scène, et ceux, si nombreux, réduits à n’être que public, silencieux, interdits, empêchés, immobilisés, éteints et voués à admirer.

Mais s’y déploie un formidable malentendu. Car, lorsque le public applaudit, qu’applaudit-il ? Ce qui a été dit (comme l’imaginent les intellectuels attendris d’eux-mêmes et satisfaits) ? Ou le fait d’avoir côtoyé un « gros-porteur de capital culturel », pris dans le ravissement fugace de l’alliance fantasmée ? Un peu comme dans les séminaires de Lacan, où pas grand monde comprenait, mais tous se sentaient « élevés » de participer au moment.

Et s’y déploie aussi un autre malentendu. L’ethnocentrisme intellectuel des intellectuels, conjugué aux croyances constitutives du métier d’enseignant, les dispose en effet à se croire écouter. Mais, dans les assemblées devant eux, que « d’attentions obliques » ou « discontinues »[4], et que d’ennui habituellement. Lorsque parle le conférencier, bien des absences. Souvent l’attention du « public » se porte sur ce qui se joue dans le public, plutôt que sur la scène, comme dans les rave parties : le DJ s’y croit cardinal mais l’important est franchement ailleurs. Et puis, une partie conséquente du « public » est là pour des raisons toutes autres qu’écouter l’orateur. Par exemple, dans les collectifs militants, afin de se faire voir ici par d’autres militants significatifs ; ou pour se donner à soi-même l’impression d’être un « militant sérieux » ; ou bien encore par effets de bande (pour passer la soirée avec sa son groupe d’amis, voire draguer un copain ou une copine en affichant tous les signes du « militant concerné »).

Dispositifs dissidents

 Ces Ateliers indociles auront à détraquer les agencements inconscients d’eux-mêmes, qui, en pratique, consacrent et célèbrent les inégalités de distribution des capitaux culturels. Ces agencements ratifient les mécanismes qui instituent la noblesse d’école, dont Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ont restitué la production[5]. Ils posent ceux qui écoutent en consommateurs indistincts.

Il faut des dispositifs dissidents. Dissidents parce qu’un peu permanents, au lieu que des intellectuels dispensent un one man ou one woman show et aussitôt repartent, narcissiquement dotés d’amours, gloires et beautés (imaginés). Il faut des dispositifs qui engagent les porteurs de connaissances d’espèces différentes dans une co-construction de savoirs sur du long terme, ce qui abaissera progressivement les effets d’intimidations, censures et autocensure.

Des dispositifs dissidents, parce qu’ils fracasseront la verticalité, le monopole de la parole.

Ces Ateliers indociles ne seront pas des lieux où les intellectuels viennent se faire applaudir et viennent se satisfaire. Ils s’y feront sévèrement discuter plutôt, copieusement, avec rudesse, souhaitons-le.

Ces Ateliers indociles proposeront des rencontres sans hiérarchie, des rencontres d’ordinaire rares, improbables, entre salariés, chômeurs, retraités, syndicalistes, militants associatifs, et historiens, sociologues, économistes, artistes… Sortes de table ronde, sans estrade ni pupitre, où chacune et chacun énoncera ce qu’il sait, dans les termes qui lui sont propres. Car chacun sait, et nous sommes tous en défaut de savoirs.

Sans hiérarchie ni « jargons » pour remparts et fossés : cela constitue un sacré défi lancé aux structures sociales, qui arrêtent dans des positions arrêtées, séparent, stoppent, disqualifient, rendent les uns légitimes et les autres indignes. Sans hiérarchie : car nous connaissons toutes et tous cent choses, cent choses différentes, certaines connues par les enquêtes de terrain en sciences sociales, d’autres d’expérience, alors partageons-les. Les savoirs en sortiront élargis, complétés. Et le tenter, y travailler, n’est pas nécessairement succomber à une espèce de populisme romantique, une forme de tolstoïsme finalement[6], prompt à s’extasier des richesses de la culture populaire (par trop pensée au singulier), et qui affirme la supériorité des savoirs populaires par rapport aux sciences sociales[7]. Sans apercevoir que peut également s’exprimer, quand parlent des salariés, un sens commun contestable, ou des traces incontrôlées de formes de domination symbolique.

Ces Ateliers indociles, nous l’espérons, seront indociles aussi à leur fonction primitive (connaître en commun), insaisissables, la dépassant, se décentrant, et peut-être offriront – vite, qui sait – des prêts d’outils, des aides aux devoirs, à la manipulation d’Internet, des covoiturages, des échanges de services (régler un problème de plomberie ou d’électricité, par exemple), des consultations médicales gratuites, des bilans des droits sociaux inconnus et non utilisés, une assistance pour remplir des formulaires, des bourses de vêtements gratuits, bref des moyens d’alléger ses fardeaux[8]. De sorte que localement, peu à peu, se retisseront des solidarités. Et que gagneront en estimes de soi, écoutes et reconnaissances, ceux qui sont méprisés. Les plus proches, alors, ne seront plus fantasmés menaces, ce qui alimente les votes Le Pen.

Prolongeant éventuellement des Ateliers indociles, pourquoi pas des documentaires réalisés en commun, à la manière des groupes Medvedkine de Besançon et Sochaux, entre 1967 à 1974[9] ? Pourquoi pas, localement, des sortes d’« agences de presse Libération », comme lorsque Maurice Clavel lançait : « Pas de censure ! » ? Pourquoi pas, vite, des ateliers d’histoire, façon Alltagsgeschichte[10], « histoire par en bas », histoire des oubliés de l’histoire, écrite avec eux ? Pourquoi pas des radios pirates, à la « Lorraine Cœur d’Acier », tel qu’à Longwy ? Pourquoi pas des Secours-Rouge, tels qu’impulsés par Jean-Paul Sartre, contre la criminalisation de ceux qui résistent et qui, notamment, aident les migrants ou refusent les licenciements ? Pourquoi pas des réquisitions, façons rue du Dragon ou rue de la Banque ?

Ces Ateliers indociles, peut-être, seront de nouveaux ronds-points Gilets jaunes, mais permanents cette fois.

Nous n’inventons rien. Ces Ateliers ressusciteront les bourses du travail d’antan[11], ou les bistrots ouvriers des années 1900, qui contribuèrent tant aux politisations populaires, socialistes ou libertaires. On y jouait aux fléchettes, aux dominos, aux dés. On y parlait de l’usine, des élus, des patrons, des manques, des désarrois ou des joies. S’y mutualisaient les savoirs et savoir-faire. Se désingularisaient là les griefs et les peines, transmués en intérêts et conflits collectifs. Des causes communes se constituaient ainsi.

Mais pas d’angélisme : les éloignements sociaux ne s’abolissent pas magiquement, au gré d’un simple côtoiement[12]. « Comment se fréquenter et se comprendre malgré les distances sociales ? » demandent à raison Cédric Lomba et Julian Mischi. Ces Ateliers indociles ne seront pas guimauves. Ces Ateliers seront des volcans, seront grondements. S’y mêleront les coups de gueule, les confrontations, c’est possible. Tant mieux. Christian Corouge, ouvrier sur les chaînes Peugeot-Sochaux entre 1969 et 2011, rappelle l’enjeu clé : « Ce qu’il faut arriver à faire, c’est que tout le monde puisse prendre la parole, quitte à s’engueuler[13]. »

Ce livre n’est que préface à ces mélanges indociles.

 

 

Lexique

 

Champ : concept clé chez Pierre Bourdieu, le champ est un univers de relations sociales et de concurrences relativement autonome à l’intérieur du monde social. Chaque champ (politique, religieux, médical, universitaire, juridique, etc.), historiquement structuré, est régi par des règles qui lui sont propres et par la poursuite de finalités spécifiques. Ainsi, la loi qui régit le champ artistique (l’art pour l’art) est inverse à celle du champ économique (les affaires sont les affaires). Les champs reposent sur une coupure entre les professionnels (de la politique, de la religion, etc.) et les profanes. La délimitation des frontières d’un champ est objet de luttes, de même que leur degré d’autonomie.

[1]. Pour reprendre l’expression de : Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l’histoire », in Hommage à Jean Hyppolite, Presses universitaires de France, 1971.

[2]. Honoré de Balzac, parution posthume en 1854.

[3]. Pour reprendre les mots si lucides de : Claude Grignon, « Le sociologue et le militant », Critiques sociales, n° 1, mai 1991, p. 64.

[4]. Ces attentions « obliques » participant des façons populaires de se défendre et se déprendre, voir : Richard Hoggart, La Culture du pauvre, Éditions de Minuit, Paris, 1970.

[5]. Voir : Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, Éditions de Minuit, Paris, 1964 ; La Reproduction, Éditions de Minuit, Paris, 1970.

[6]. Contre cette « empoétisation populiste », se reporter à : Claude Grignon et Jean-Claude Passeron, Le Savant et le populaire. Misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1989.

[7]. Michel Foucault n’évita pas toujours ces errements, voir : Michel Foucault, « L’intellectuel sert à rassembler les idées mais son savoir est partiel par rapport au savoir ouvrier » (entretien avec José, ouvrier de Renault, de Billancourt, et J.-P. Barrou), Libération, n° 16, 26 mai 1973, Dits et Écrits, t. II, Gallimard, Paris, 1994, p. 421-423.

[8]. Sur la nécessité de ces espaces d’entraide sociale et de secours d’urgence, voir la conclusion de : Daniel Gaxie et Willy Pelletier, Que faire des partis politiques ?, Éditions du Croquant, Vulaines-sur-Seine, 2018.

[9]. Voir : Bruno Muel et Francine Muel-Dreyfus, « Week-ends à Sochaux (1968-1974) », in Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal (dir.), Mai-Juin 68, Éditions de l’Atelier, Paris, 2008.

[10]. Voir : Alf Lüdke (dir.), Histoire du quotidien, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1994.

[11]. Voir : Fernand Pelloutier, Histoire des bourses du travail : origine, institutions, avenir, Alfred Costes Éditeur, Paris, 1921 (posthume).

[12]. Sur ce point central, voir : Cédric Lomba et Julian Mischi, « Tensions et engagements », L’Humanité, 21 octobre 2013 ; Cédric Lomba et Julian Mischi, « Ouvriers et intellectuels face à l’ordre usinier », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 196-197, 2013 ; Julian Mischi, « Savoirs militants et rapports aux intellectuels dans un syndicat cheminot », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 196-197, 2013.

[13]. Voir : Christian Corouge et Michel Pialoux, Résister à la chaîne. Dialogue entre un ouvrier et un sociologue, Agone, Marseille, 2011, p. 453.