2 février 2008
Il y eu, au dix-neuvième siècle, contre le mouvement ouvrier, des lois à juste titre nommées scélérates. Elles s’autorisaient de toutes les peurs de la bourgeoisie d’alors, des maîtres de forge, des notaires et des banquiers, de cet « apothéose du coffre-fort » que Balzac ridiculisait. En voici une seconde vague, et pour les mêmes raisons. Car restera, dans l’histoire de ce pays sous le nom de loi scélérate, le vote du 4 février, qui va ratifier le Traité Constitutionnel Européen. Ce vote du mépris. Ce vote où la nouvelle noblesse s’en va témoigner de tout son mépris pour le peuple, qui comme chacun, au Fouquet’s et à Neuilly, le proclame, vote mal, a mauvais goût, ne comprend rien. Oui, est scélérat, ce vote du 4 février, où des représentants tout juste élus pourtant, s’en vont s’affranchir de leur rôle de représentants du peuple, et dire « merde » à la souveraineté populaire, et à ceux qui les ont élus.
Les citoyens de ce pays, après un long et très précis, très méticuleux, débat, s’étaient, par référendum, prononcés contre le TCE. Les représentants du peuple devraient être les garants par excellence de la souveraineté populaire. Et ce 4 février, comme jamais dans l’histoire constitutionnelle de ce pays, ils s’en vont fouler aux pieds la souveraineté nationale.
Quant à nous, nous demandons une chose simple : un peu de respect ! Nous demandons un peu de respect à tous ces versaillais du 4 février, qui comme les versaillais d’hier, refusent d’entendre ce que le peuple dit. Nous réclamons une chose simple : qu’un vote populaire seul puisse défaire ce qu’un vote populaire a fait, qu’un référendum seul puisse se prononcer sur le TCE. Est-ce lunaire ? N’est-ce pas la démocratie même ? Le respect démocratique.
Ce qui sera dit à Versailles, le 4 février, est limpide et très grave. Tous ces nouveaux versaillais nous dirons, à nous tous qui votons : votre vote ne sert à rien, votre vote n’a aucune valeur, votre vote ne compte pas, vous ne comptez pas, vous n’avez aucune valeur, la citoyenneté n’a aucune valeur, et pour tout dire, ils nous dirons « la démocratie nous emmerde », sauf quand elle nous sert, et quand elle sert les financiers, nos amis. Jamais mépris public pour les citoyens de ce pays n’aura été si hautement proclamé. Mais pour ce président des Bolloré, des Lagardère, des Bouygues, des Elkabach, des Rollex et du Bling-Bling, le mépris, après tout, est devenu une marque de fabrique.
Car il y eu un temps où les référendums encore avaient quelque importance démocratique. De Gaulle même, en 1969, savait ce qu’un référendum perdu signifiait. Mais c’était du temps où la politique, malgré tout, conservait une once de dignité.
Par contre qu’aujourd’hui une partie de la gauche, la gauche libérale, laisse faire et collabore, en dit long sur sa dérive, ou plutôt, en dit long sur ses abandons.
Ce vote est un vote de mépris. Ce vote est, aussi, un vote de peur. De cette peur qu’inspire toujours, à l’aristocratie, aujourd’hui devenue aristocratie des affaires ou noblesse d’Etat, le peuple lorsqu’il dit « non ».
Eh bien, nous voulons dire très tranquillement, aux versaillais du 4 février : « Messieurs, nous allons continuer à dire non ! ». Car « Non, c’est Non ». Et nous déferons ce que, là, entre vous, calfeutrés, dans ce palais de Versailles, derrière ces murs, brutalement, vous allez faire. A rebours de toute l’histoire constitutionnelle de ce pays. En douce, à la va-vite. Dans le mépris et dans la peur.
L’Europe, à coup sûr, ne se construira pas sur ces bases et sur ce vote du 4 février, qui annule toute son histoire démocratique. Elle mérite mieux.
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