12 mai 2008
" Une histoire accomplie ", tel est, nous dit Pierre Rosanvallon, le sens de la dissolution de la Fondation Saint-Simon. Je ne contesterai certes pas l’importance du travail accompli. Si, depuis 1981, le libéralisme a infiltré la gauche française, la Fondation Saint-Simon y est assurément pour quelque chose. Et, plus profondément, si la modernité est souvent apparue avec le visage du renoncement et de l’adaptation au marché, c’est en grande partie à la Fondation Saint-Simon et à ses émules que nous en sommes redevables. Raison de plus pour qu’à l’heure de leur dissolution, les " saint-simoniens " tirent de leur combat un bilan sans masque et sans esquives. Tel n’est pas le cas : Pierre Rosanvallon brouille les pistes. Qui peut croire, par exemple, que la note d’Emmanuel Todd sur " le malaise français ", qu’il met en exergue, soit illustrative du rôle joué par la fondation ?
En réalité, et l’on ne comprend guère pourquoi son bilan s’y dérobe, " Saint-Simon " a été bien plus (et sans doute autre chose) que ce lieu de rencontres ouvertes et libres que l’on nous présente aujourd’hui : le creuset où s’est élaboré un projet politique spécifique. Cette élaboration s’est faite au grand jour. Elle est notamment présente dans un livre au titre explicite, la République du centre, que Pierre Rosanvallon a cosigné avec François Furet et Jacques Julliard il y a plus de dix ans, et que, curieusement, il ne cite pas parmi les livres phares de sa fondation. C’est à l’aune du projet réel qu’il convient de juger le travail accompli. Oui, le libéralisme occupe maintenant au sein de la gauche des positions puissantes. Non, la mission n’est pas accomplie, dans la mesure où la poussée libérale n’a pu s’incarner en une forme politique qui assure sa suprématie et sa pérennité : un gouvernement de " centre-gauche " affichant son credo libéral. " Saint-Simon " nous quitte donc en un curieux entre-deux.
Que la Fondation Saint-Simon se dissolve un an après qu’a vu le jour la Fondation Copernic fait peut-être sens. Nous nous sommes créés pour que soit mis fin à l’hégémonie de la gauche libérale dans le champ " propositionnel " et pour qu’y prenne pied la gauche de transformation sociale. Du fait que la Fondation Saint-Simon estime sa capacité propulsive épuisée, nous prenons donc acte. Mais, n’ayant jamais pris l’arbre pour la forêt, nous savons bien que la gauche libérale ne se trouve pas pour autant dépourvue de laboratoires de pensée. À la gauche de transformation sociale, il faudra donc du temps, du travail et de la ténacité.
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