11 mai 2010
Nous refusons que soit supprimé le droit de partir à la retraite à 60 ans, à taux plein. Nous refusons l’allongement des durées de cotisations. Il faut financer les retraites du futur. Mais il n’y a pas de fatalité. Les fonds sont là. Il s’agit d’un choix politique. Ou plus exactement, de courage politique. Car les retraites de demain seront financées si augmente le taux des cotisations retraites, et surtout l’assiette des prélèvements. La part des dividendes dans le PIB est passée de 3,2% en 1982 à 8,5 % aujourd’hui. Il faut soumettre tous les revenus distribués à cotisation, dont les dividendes, c’est-à-dire élargir l’assiette des prélèvements. Ce serait remplacer la rigueur salariale (inégalitaire) par un gramme de rigueur financière (égalitaire) en diminuant (un peu) le montant des dividendes versés aux plus gros actionnaires. Ces dividendes sont improductifs et alimentent la spéculation financière. Les réformes fiscales engagées depuis 2000 se sont, par ailleurs, traduites par un manque à gagner budgétaire de plus de 30 milliards par an en 2009. C’est vraiment « l’apothéose du coffre-fort » dont parlait Balzac ! Pour qui ? La réforme des retraites pose surtout une question simple : tous ensemble ou chacun pour soi, et chacun seul ? Car l’actuel système par répartition, hérité du Conseil National de la Résistance, organise en effet, par la solidarité inter-générationnelle, un « tous ensemble ». Les actifs du présent financent les retraites des actifs d’hier. Nous sommes tous ensemble économiquement unis. Nos destins sont liés. Nos vies sont solidaires. Tous, nous dépendons les uns des autres, avec ce partage. Et jamais il n’a été aussi utile. Maintenant que les carrières discontinues laissent augurer des retraites faibles. Maintenant que les familles se recomposant, les grand-parents jouent un rôle central. Il faut financièrement leur en donner les moyens. L’actuel système des retraites, on le voit, va au-delà de lui-même. Il cimente une civilisation : le « tous ensemble ».
Allonger les durées de cotisations revient à renforcer l’assurance individuelle pour sa propre retraite. Car chacun (s’il le peut) tentera de s’assurer individuellement, pour pallier la baisse anticipée de sa retraite. Les assureurs jubilent. Mais ce serait, par ricochet, légitimer un autre modèle de civilisation : le repli sur soi, et sa propre personne comme unique horizon, un monde où chacun sera, toujours plus, séparé de tous les autres, un triste monde social formé de « reclus » à ne vivre que pour soi.
Or nos vies personnelles nous dépassent. Leur sens leur est donné par les relations qu’elles entretiennent avec toutes les autres. C’est ce qui les enrichit. Nos vies tiennent à ce que les autres leur donnent. Veut-on les réduire au seul intérêt individuel ? Au seul calcul financier de son propre intérêt individuel ? En creux, il y a ces enjeux derrière cette nouvelle réforme des retraites. Elle porte donc au-delà d’elle-même. Elle risque de porter un coup majeur à la civilisation que nous aimons. Et cette civilisation ne s’est pas mise en place d’elle-même. Elle résulte des conquêtes sociales issues des combats du passé. Elle résulte des combats de nos aînés, souvent anonymes, souvent héroïques d’abnégation. Et chacun d’entre nous, suivant son histoire propre, peut mettre cent visages, cent regards, cent grains de voix, qui lui furent personnellement des exemples dans ces combats. Ce furent des militants socialistes, communistes, syndicalistes, libertaires, chrétiens ou pas, et les rejoignirent des gaullistes sociaux. Ils sont disparus ? Pas pour nous. Beaucoup se révolteraient en voyant s’effriter les droits qu’ils ont gagné. Résister à l’actuelle réforme des retraites, c’est prolonger leurs engagements, prolonger leurs vies. Ne pas le faire, détourner le regard, serait oublier tous ceux qui, hier, ont construit la solidarité qu’ils ont laissé en héritage.
On trouvera dans l’ouvrage ATTAC-Copernic, tous les arguments précis et chiffrés, qui montrent que dans la réforme des retraites, un autre scénario est possible.
Note ATTAC / Copernic : Retraites - L’heure de vérité
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