14 juin 2012
Chronique - Roland Pfefferkorn - La Marseillaise – jeudi 14 juin 2012

Au lendemain du 1er tour des législatives la question qui est désormais posée à la « gauche » socialiste et écologiste au pouvoir (qui devrait obtenir la majorité absolue) est celle des politiques économiques qui vont être conduites. Car depuis 30 ans, quel que soit le gouvernement en place, la même orientation d’ensemble a été suivie.
Rappelons nous, le tournant vers le néo-libéralisme a été effectué sous Mitterrand en trois temps : en 1982, 1983 et 1984 (après une première amorce sous Giscard avec les plans Barre).
Et depuis lors, entre la vraie droite et la fausse gauche difficile de faire la différence. Seules de maigres nuances différencient les politiques économiques des uns et des autres, même si dans la dernière phase les Fillon et Sarkozy ont davantage encore été au service exclusif de l’oligarchie.
Les plus riches et les grandes entreprises se sont vus offrir des baisses d’impôts considérables. La part des salaires dans le PIB a baissé de 10 points et les nantis affichent sans la moindre gêne leur richesse obscène. Tout cela est insupportable, même si l’argent ne fait pas le bonheur et s’il faut toujours interroger « l’idée même de richesse » (voir le livre portant ce titre d’Alain Caillé, La Découverte, 2012).
La concurrence mortifère, le libre-échange à tout-va et la déréglementation financière inconsidérée, sont devenu l’horizon incontournable de l’essentiel des médias et du personnel politique « responsable », tous à la botte de l’oligarchie. Au lieu de se confronter à elle ils font amis-amis. Faut-il leur rappeler que le conflit permet l’émergence du neuf (voir « L’éloge du conflit » de Miguel Bensassayag et Angélique del Rey, La Découverte, 212) ?
A la laisse des puissants qu’ils côtoient dans les dîners mondains et ailleurs, ils semblent hantés par le « coût du travail », comme s’il fallait que les salariés voient leurs rémunérations se rapprocher davantage encore de celles des pays du Sud ou de l’Est. Depuis 30 ans les dispositifs publics successifs ont conduit à la précarisation croissante du salariat, en premier lieu des jeunes.
Ces politiques ont abouti à l’impasse actuelle. Elles ont alimenté la confusion : car l’extrême-droite se nourrit aussi des renoncements de la fausse gauche. Les premiers choix effectués ne permettent pas prévoir de tournant majeur quant au fond des politiques qui seront menées, même si certaines des mesures annoncées sont toujours bonnes à prendre.
La dernière Note de la Fondation Copernic (Changer vraiment ! Quelles politiques économiques de gauche ?, Syllepse, 2012, 140 pages, 7 euros) a le mérite de démontrer qu’une politique véritablement de gauche est parfaitement possible. La « gauche » au pouvoir pourrait tout à fait rompre avec sa démarche d’accompagnement du capitalisme productiviste néolibéral et ne pas se contenter de l’amender - si peu - à la marge.
C’est une vision dynamique d’ensemble qui est proposée par les économistes qui ont écrit ce livre. Ils prouvent qu’il est possible d’amorcer une autre logique économique, sociale et écologique… A deux conditions essentielle toutefois : avoir la volonté politique de s’attaquer à l’oligarchie cupide qui détient tous les pouvoirs ; et de s’appuyer résolument sur la mobilisation sociale et citoyenne.
Roland Pfefferkorn, professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg.
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