novembre 2007

Alors que s’intensifie l’offensive gouvernementale contre les grands services d’Etat, la vigilance s’impose concernant l’avenir des services publics locaux. Ils garantissent l’accès de chacun d’entre nous aux ressources et aux biens qui fondent la vie quotidienne (eau, énergie, déchets, transport, etc.). Ils doivent donc répondre à des objectifs d’intérêt général.
L’eau peut-elle rester la marchandise qu’elle est devenue ? Aujourd’hui, sa gestion est prise en otage par des intérêts privés et asservie au rendement capitalistique des actionnaires. Elle devrait au contraire viser l’intérêt des usagers.
Comment vivre sans eau ? On en a besoin pour tout. Elle doit donc redevenir ce bien public, ce patrimoine commun, qui appartient à tous. La France a, en la matière, le triste privilège d’abriter les deux plus grosses multinationales de l’eau et de l’environnement dans le monde, que sont SUEZ et VEOLIA. Ces empires économiques et financiers ont été construits grâce aux nombreuses délégations de services que les collectivités leur ont confiées dans la gestion des services communaux. Mais les prochaines années, de très nombreux contrats arrivent à échéance. Ce qui offre l’opportunité aux collectivités de choisir un mode de gestion publique. Il faut donc agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.
Quels sont, en effet, les résultats de cette gestion privée ? En 2006, l’UFC - Que choisir a conduit une étude sur la transparence du coût de l’eau et de l’assainissement, en France. Elle montrait que la facturation de l’eau, distribuée sur 31 grandes villes de France, génère des profits abusifs, le record étant établi par le SEDIF (Syndicat des Eaux d’Ile-de-France) dont le prestataire est Veolia.
UFC - Que Choisir observait, aussi, que deux entreprises seulement se partagent le marché des grandes villes. L’eau est donc devenue un quasi-monopole.
Paris est dans ce cas. Mais la fin, en 2009, des contrats de distribution confiés aux filiales des deux grands groupes privés (Lyonnaise des Eaux et Générale des Eaux) et en 2011 de celui de production concédée à une société municipale (Eau De Paris) oblige à remettre à plat le service de l’eau. Mis en place par Jacques Chirac en 1985, dans l’opacité la plus totale, il a permis aux deux entreprises privées de se partager le marché de l’eau parisien. Le producteur municipal finance ainsi l’essentiel des infrastructures (usines de potabilisation, renouvellement du réseau) et assume de grosses charges fixes. Les distributeurs privés assurent, pour leur part, la charge beaucoup moins lourde de l’entretien du réseau et surtout, exercent la part lucrative de l’activité (commercialisation, facturation). Le schéma actuel conduit donc à ce résultat incroyable : celui qui finance les investissements n’est pas celui qui perçoit la meilleure rémunération. La remunicipalisation du service, c’est-à-dire un seul opérateur municipal qui soit producteur et distributeur, permettrait de récupérer les gains financiers générés par les contrats actuels, qui alimentent les caisses des multinationales. Pour l’instant, ces gains financiers ont été très peu réinvestis dans l’exploitation du service. Ils servent à rémunérer les actionnaires. Quand ce n’est pas à d’autres opérations boursières.
Le cas parisien n’est pas unique. Il est emblématique, par contre, de la bataille nécessaire pour un retour en gestion publique des services d’eau.
Par des pétitions, par des campagnes, ou par la création de collectifs militants, depuis longtemps des associations d’usagers et de consommateurs, des élus qui se battent sur le terrain font le même constat : il faut, d’urgence, faire intégrer la question de l’eau (son prix, sa qualité, son accès, etc.) dans les politiques municipales, et développer une gestion publique de l’eau, de la production à la distribution, qui satisfassent les attentes légitimes de la population. Partout, ce peut être un enjeu fort des prochaines municipales de mars 2008. A condition que nous l’imposions.
Car l’eau, maintenant machine à profit, doit redevenir un service public. Et il faut placer les enjeux écologiques, sociaux et démocratiques au cœur des préoccupations politiques pour réorganiser le service de l’eau. L’eau doit être écologique. L’environnement est de plus en plus pollué. Une politique de préservation de la ressource en eau est indispensable pour ne pas sacrifier, sur l’autel du profit à court terme, les besoins des générations actuelles et futures. L’eau doit, par ailleurs, cesser d’être gaspillée.
L’eau doit être sociale. Car la solidarité à l’égard des populations socialement vulnérables, impose de garantir, à tous, l’accès à une eau de qualité. A bas prix. Le droit à l’eau pour tous, n’est-ce pas un minimum ?
L’eau doit être démocratique. Les usagers, c’est-à-dire nous tous, aujourd’hui supportent, par leur facture d’eau, le financement du service, mais ils n’ont leur mot à dire sur rien. Informer, concerter, rendre compte, rendre les comptes publics, doivent constituer des obligations pour ce nouveau service public de l’eau qu’il s’agit d’inventer.
C’est possible. C’est urgent. C’est concret. C’est maintenant. La Fondation Copernic, avec toutes les forces qui le souhaitent, associations, syndicats, partis, simples citoyens, va lancer une pétition et une campagne nationale pour la remunicipalisation de l’eau. Parce que notre eau nous appartient. Parce que l’eau n’est pas une marchandise. Et que le profit doit cesser là où commence le bien commun.
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