20 mars 2012
Situation subie par une majorité de paysans dont la santé, les revenus et la liberté même sont mis à mal au nom de la compétitivité. Dernière en date d’une longue série de reculs, une proposition de loi de novembre 2011 prévoit d’interdire aux agriculteurs la possibilité de réutiliser leurs propres semences à moins de payer une taxe à l’industrie semencière. Ou comment la droite ouvre grand la porte à la marchandisation du vivant au profit des multinationales…

Les paysans n’en peuvent plus. Hormis l’élevage des ovins, en 2009, tous les secteurs de l’agriculture ont été touchés par une chute vertigineuse des revenus : moins 54 % pour les producteurs de lait, moins 51 % pour les producteurs de fruits et les céréaliers, moins 32 % pour les maraîchers. En moyenne, le revenu moyen des paysans a fondu d’un tiers ; après une baisse de 20 %, déjà, en 2008. Jamais l’agriculture n’a connu de crise aussi grave depuis une trentaine d’années.
La droite a ainsi laissé les victimes de sa propre politique mourir à petit feu. En effet, un à un, tous les mécanismes de régulation ont été détricotés. C’est sous la présidence européenne de Nicolas Sarkozy que la décision définitive de supprimer les quotas laitiers a été prise, en novembre 2008 ; elle devrait entrer en vigueur en 2015. C’est le même Nicolas Sarkozy qui a proposé aux paysans endettés de donner dans le dumping social pour faire face à la chute de leurs revenus, en exonérant de cotisations patronales l’emploi des travailleurs saisonniers, quitte à autoriser, au passage, une véritable « traite » des saisonniers.
Tous les aspects de la politique agricole de l’équipe Sarkozy visent une seule et même chose : faire de l’agriculture une simple industrie productiviste. Les aides directes annoncées en 2010, en direction des producteurs laitiers, bovins et porcins, ont été explicitement présentées par le ministre de l’agriculture comme devant servir strictement cet objectif. La loi de modernisation de l’agriculture (juillet 2010), loin de garantir aux agriculteurs un revenu qui leur permet de vivre dignement de leur travail, prévoit la mise en place d’une contractualisation entre les agriculteurs et les professionnels de l’agroalimentaire. La forme de ce contrat « personnalisé » exclut toute régulation nationale et assure la mainmise de l’industrie agroalimentaire, qui pourra choisir de ne pas travailler avec telle ou telle exploitation, jugée moins rentable que d’autres.
Une telle politique mène à l’impasse et à la misère des hommes et des espaces. Nous le savons, pour l’avoir subi ces dernières années, il n’existe pas de solution dans la concurrence avec des pays qui, de toute façon, ne connaissent pas les mêmes conditions climatiques, environnementales ni sociales.
Déjà, 65 % de la production ovine est importée ; 30 % de la production bovine ; 50 % des fruits et des légumes. Dans ces conditions, combien de temps encore les paysans vont- ils pouvoir maintenir leur activité ? Il y a urgence à agir : 300 000 à 400 000 emplois sont en jeu dans le secteur agricole et agroalimentaire de notre pays, avec, pour corollaire, le devenir même des espaces ruraux.
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